Vous revenez ce matin sur une déclaration de François Hollande qui déchire la gauche…

Oui, c’est une interview accordée par le candidat socialiste au journal britannique The Guardian . Un journal de centre gauche mais un journal du pays de la City et de la finance toutes puissantes. Et visiblement, le propos de François Hollande était clairement de rassurer le fameux monde de la finance… vous vous souvenez, ce monde qui était l’ennemi invisible, qui ne se présentait pas aux élections mais qu’il fallait combattre de front. François Hollande évoque dans le Guardian sa possible future majorité avec le Front de Gauche. Il rappelle d’abord le contexte de 1981 et la présence de ministres communistes dans la majorité de François Mitterrand : « C'était la guerre froide et Mitterrand avait nommé des communistes au gouvernement. Aujourd'hui il n'y a pas de communistes en France. La gauche a gouverné pendant quinze ans pendant lesquels elle a libéralisé l'économie et ouvert les marchés à la finance et à la privatisation. Il n'y a pas de crainte à avoir ». Alors évidemment quand on lit ça on se dit que par soucis de cohérence, le candidat socialiste n’aurait pas dû dire : « mon seul ennemi, c’est le monde de la finance » mais plutôt « mon seul ennemi, c’est la dérégulation financière ». Ça aurait eu certes moins de gueule mais ça aurait été plus raccord avec ses autres déclarations sur ce sujet depuis plusieurs semaines maintenant. En outre, on comprend que Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent s’étranglent en lisant The Guardian !

On imagine donc que c’est un coup dur dans la campagne de François Hollande et la cohésion à gauche !

Eh bien non ! Après le coup de gueule de Jean-Luc Mélenchon, tout rentrera dans l’ordre parce que pendant une campagne il est question d’abord de dynamique et tant que François Hollande reste à ce niveau de popularité, tout ce qui pourrait apparaître comme une incohérence ou une gaffe n’aura aucune incidence. Les mots anti-finance prononcés au Bourget et (soit-dit en passant) inspirés par le « montebourrien » Aquilino Morelle, devenu plume du candidat socialiste, avaient ravi l’aile gauche du PS. Mais sur le fond, François Hollande, comme cette déclaration au Guardian le confirme, reste très « raisonnable », presque orthodoxe. Il sait qu’il peut aller assez loin vers le centre sans s’abîmer à gauche. Il l’a expérimenté de façon probante lors des primaires socialistes : alors que seuls les électeurs de gauche étaient convoqués, c’est lui, avec un discours de centre gauche qui l’a remporté… Maintenant qu’il s’adresse à l’ensemble des électeurs, pourquoi se positionnerait-il, au-delà des mots, plus à gauche ? Toutes les enquêtes d’opinion montrent que, de toute façon, les reports à gauche se font sans trop de pertes. Le rejet de Nicolas Sarkozy semble primer. Un positionnement plutôt centriste au moment où Nicolas Sarkozy se déporte bien à droite c’est un calcul cynique et efficace à la fois. La plupart des arguments stratégiques sont réversibles en politique et, sans dynamique, une faute, une incohérence vous fait dévisser. En période faste au contraire, les même actions son regardées comme de subtiles audaces! Seule la dynamique d’un autre peut venir contrecarrer ce ressort. Et justement Nicolas Sarkozy entre en campagne. Saura-t-il enclencher une dynamique opposée ? Tout commence vraiment ce soir !

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