Vous vous intéressez ce matin aux affaires de « biens mal acquis » qui touchent plusieurs familles de chefs d’Etats africains dont la famille du président Sassou Nguesso.Oui et l’enquête avance à petit pas mais elle avance… Les « biens mal acquis » ce sont toutes ces richesses, ces appartements, ces hôtels particuliers détenus en France par des chefs d’Etats de pays pauvres (une vingtaine d’appartements et de maison pour la famille Sassou Nguesso). Les plaintes déposées ces dernières années par les associations comme Sherpa ou Transparence Internationale visent les familles Obiang (de Guinée Equatoriale) Bongo (du Gabon) et Sassou Nguesso (du Congo Brazzaville). Ces trois familles ont monté des enchevêtrements de sociétés immobilières par lesquelles elles ont acquis de somptueuses demeures, grâce, en partie à la rente pétrolière détournée, alors que bien des quartiers de Brazzaville n’ont pas d’électricité ni de bitume. Un exemple : Wilfrid Nguesso, le neveu du président est aussi le patron de la société qui prélève les taxes sur les tankers de pétrole de son pays au plus grand profit de son compte personnel. Ici, bien sûr, on ne parle pas des enquêtes en cours en France. Les journalistes locaux risqueraient leur vie à évoquer le sujet. La France, elle-même a longtemps fermé les yeux sur ces pratiques. Les « biens mal acquis » sont un des aspects de ce que l’on appelle la Françafrique. Mais les choses changent doucement. Et la justice française s’affirme enfin sur ces sujets. En 2010 il y a eu un arrêt très important de la Cour de Cassation qui a autorisé l’ouverture d’instruction contre les « biens mal acquis ». Avant cet arrêt, le parquet, donc l’exécutif, ne cessait n’entraver l’action des juges saisis par des plaintes.Vous avez un exemple ? Oui, le parquet avait refusé aux juges Le Loire et Grouman l’autorisation d’étendre leur enquête, dans le cadre d’une plainte de Transparence Internationale, sur l’achat par Antoinette Sassou Ngesso d’une Mercedes classe E immatriculée « corps diplomatique en 2010 ». Grâce à l’arrêt de la Cour de Cassation, les enquêtes peuvent maintenant avancer. Ainsi en septembre 2011, il y a eu des perquisitions dans un hôtel particulier de la famille Obiang (Guinée Equatoriale). On y a trouvé 7 Ferraris, 4 Mercedes, 4 Rolls, en tout 26 voitures de luxe. La valeur totale des biens saisis est estimée à 40 millions d’euros. Obiang est le premier visé, sans doute parce que ses montages financiers sont moins sophistiqués que ceux des familles Bongo et Sassou Nguesso. Mais avant-hier, ce sont deux villas niçoises de Bongo qui ont été perquisitionnées pour inventaire. Ça se rapproche de Sassou Nguesso ! Seulement ces enquêtes auront un effet limité tant que le mélange entre affairisme et politique tiendra toujours autant de place dans les relations franco-africaines. Comment se fait-il, par exemple, que Claude Guéant soit devenu, en décembre, l’avocat d’affaires d’un fabricant de cartes biométriques pour un contrat de fabrication de passeports au Gabon ? Aujourd’hui, on n’est pas encore vraiment fixé sur la détermination de François Hollande de rompre avec la Françafrique. Il affirme vouloir cette rupture et les associations de lutte contre la corruption disent qu’elles n’ont pas de raisons (pour l’instant) de se plaindre de l’exécutif. D’ailleurs il n’y a plus de cellule Afrique à l’Elysée. Et figurez-vous que Manuel Valls a doublé les effectifs de police affectés aux enquêtes sur les biens mal acquis ! Bon d’accord, doubler, en l’occurrence ça veut dire passer de un officier à deux ! Il faudra donc être très patient et continuer d’exiger plus de moyens de lutte contre la corruption…. Encore un petit effort, parce qu’en finir avec les biens mal acquis en France, ce serait ça aussi, la vraie coopération entre Paris et (non pas les potentats) mais le peuple africain.

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