L'axe de défense choisi par le candidat LR est désastreux d'un point de vue politique.

La défense de François Fillon est sans doute, d’abord, une réaction humaine. Après tout, son couple est harcelé et cela doit être très dur à vivre. Mais c’est une défense qui, d'un point de vue politique, est désastreuse. Et pas seulement pour François Fillon lui-même.

Il se dit lynché et on peut comprendre ce sentiment de la part d’un candidat qui n’arrive plus à faire campagne. Lui qui ne peut plus développer ses idées de rigueur budgétaire sans se voir renvoyer les libertés qu’il a prises avec l’argent public. Sa défense sous le sceau si pratique de l’antisystème salit tout le monde : ceux qui révèlent et ceux qui enquêtent, sans distinction. Or, c'est un comble, cela ne peut finalement profiter qu’au plus dangereux concurrent de François Fillon : le Front National.

À écouter le candidat et ses soutiens, la justice serait instrumentalisée et beaucoup trop rapide pour être honnête. Le parquet financier, créé dans la foulée de l’affaire Cahuzac, ne serait pas compétent. Il y aurait donc un traquenard politique. Et bien sûr, la presse complice se livrerait à un procès à charge. Tout cela, d’après les Fillonistes, pour une seule raison : le programme. Les conspirations ont toutes un but caché...

Le programme du candidat de la droite dérangerait trop de monde. Il remettrait en cause le fameux système ! Et ce système se défendrait en tentant de torpiller une campagne trop audacieuse. Ce discours, qui dénonce une collusion politico-médiatique, est un discours victimaire et conspirationniste qui emprunte aux extrêmes. Pour ne citer qu'elle, Marine Le Pen dit que si l’Europe lui réclame l’argent de ses assistants indûment utilisé pour faire fonctionner son parti plutôt que pour effectuer un travail parlementaire, c’est bien sûr parce qu’elle remet en cause l’Union ! En se défendant de la sorte, François Fillon valide donc la vision d’un système tout puissant, autoreproducteur et fantasmé, alors même que cette affaire serait plutôt le signe de l’inverse.

En fait, comme l'a déjà montré l'affaire Cahuzac, le système fonctionne plutôt démocratiquement au lieu de se protéger lui-même. En tout cas de plus en plus démocratiquement... Il comporte des contre-pouvoirs. Des anticorps efficaces qui agissent contre ses propres rouages, contre les puissants quels qu’ils soient : ancien premier ministre promis à l’Elysée ou ministre du Budget en exercice. C’est en fait le signe d’un système qui, enfin, ne tolère plus la voracité du pouvoir et de ses abus. C’est le signe d’une meilleure vitalité démocratique.

Le paradoxe est là. Plus les contre-pouvoirs fonctionnent, plus ils dénichent les turpitudes de nos dirigeants et de ceux qui aspirent à gouverner, et plus l’impression du "tous pourris" progresse et renforce ceux qui veulent abattre le système... justement au moment où il commence à faire la preuve d’une certaine efficacité démocratique. François Fillon a donc pris la responsabilité de choisir un axe de défense qui accentue cette spirale destructrice.

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