Oui, pourtant, nombre de mesures (comme la part accrue du contrôle continu) auraient très bien pu être proposées par la gauche.

Elle n’a pas osé de peur de se faire accuser par les conservateurs de l’éducation de dévaloriser le BAC ! Mais JM. Blanquer est applaudi par le Figaro ! C’est le macronisme marchant sur l’eau ! Et les critiques classiques, un peu réflexes, ont du mal à porter. Ainsi, certains estiment que le grand oral sera forcément inégalitaire parce que les enfants issus de classes aisées seront avantagés, connaîtront mieux les codes rhétoriques pour affronter cet examen. Cette critique est pertinente mais réversible. On peut tout aussi bien dire que l’écrit dominant est injuste parce que les élèves issus de familles au fort capital culturel auront un environnement propice à la lecture, donc à l’écriture… et que le talent oratoire, même sans les codes (disons le bagout, la tchatche, bien orientés), ne dépend pas de la classe sociale ! Mais ces arguments sont vains. Ils reviennent à dire que c’est le couteau qui est facteur d’injustice parce que c’est lui qui coupe le gâteau en parts inégales ! Le grand oral sera ce qu’en feront les enseignants qui diront avec raison «nous en ferons un outil utile si on nous donne les moyens». Sachant que l’expression orale est un élément discriminant, pour trouver un travail ou simplement pour diversifier ses relations, donc se socialiser, l’idée de préparer les lycéens à cet exercice (c’est-à-dire déjà à se présenter à leur avantage) peut être un facteur d’égalité, pas seulement pour le BAC mais aussi pour leur vie de jeunes adultes. En matière d’éducation, l’égalité est constamment invoquée, seulement ce ne sont pas les programmes, ni la manière d’évaluer les connaissances qui créent l’injustice, mais surtout l’environnement dans lequel l’enseignement est dispensé.

Et pas seulement l’environnement familial

Non, l’environnement social bien sûr mais d’abord l’environnement territorial, le lieu, le quartier, le village ! La mixité dont on parle souvent (pour peu qu’elle soit réelle et équilibrée) est le meilleur environnement pour favoriser l’ascenseur social. Ce que le géographe Jacques Levy appelle la «coprésence» de diverses populations aux revenus et au capital culturel variés, offre une scolarité de meilleure qualité pour les plus défavorisés, sans nuire à celles des autres. Ça peut paraitre un rapprochement étrange mais, en réalité, le non-respect de la loi SRU par les villes riches (la loi qui impose 25% de logements sociaux dans chaque commune) est un facteur beaucoup plus déterminant pour la question de savoir quel exercice, entre la dissertation ou l’exposé oral, est le plus inégalitaire. Donc, pour ce qui est de l’égalité scolaire, il vaut mieux s’adresser à Jacques Mezard, ministre de la Cohésion des territoires, plutôt qu’au ministre de l’Education. Jacques Mezard s’occupe du logement et réfléchit, en ce moment, à réformer la loi SRU… c’est sur cette réforme, plus que sur celle du BAC, que les enseignants et les parents, attachés à l’égalité et à la lutte contre la reproduction sociale, devraient demander des précisions et des comptes, en priorité…

    

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