Le spectre d’un retour du duel Macron/ Le Pen…

Cette perspective pour 2022 devient un sujet, ces derniers temps, parce qu’aucune opposition autre que le RN ne semble arriver à faire entendre une voix alternative assez puissante. Une majorité de Français –les sondages le disent- pensent que le second tour de la présidentielle opposera les mêmes candidats qu’en 2017… Ils ne voient pas d’autres combinaisons se dégager, mais en même temps, dans une proportion comparable, les Français le regrettent et ne veulent pas du retour du duel annoncé… Alors, puisqu’une élection n’est pas un pronostique mais l’affirmation d’une volonté politique, on peut décemment penser que les électeurs, s’ils sont dotés d’une intelligence collective,  finiront par s’offrir une autre finale. Il faut dire que le débat Le Pen/Darmanin de jeudi dernier nous a donné un avant-gout assez déprimant du duel annoncé. Le summum de l’analyse politique, avant chaque élection, consiste à dire que rien ne se passe jamais comme prévu… Mais justement, comme cette règle est maintenant établie … l’imprévue annoncée pourrait aussi être que, contre toute attente, tout se passe comme prévu ! Bref, on n'en sait rien ! D’autant que, toujours selon les enquêtes d’opinion, une même majorité confortable de Francais refuse le retour du clivage droite-gauche. Du moins pour les élections nationales. Parce que pour ce qui est des élections locales (les municipales l’ont montré et les régionales et départementales de juin le montreront aussi à coup sûr), le PS et LR (ajoutons les écologistes) gardent toujours la confiance des électeurs. Le sentiment d’impuissance politique que les partis classiques de gouvernement suscitent au niveau national n’a pas cours au niveau local, alors que LREM et le RN n’arrivent toujours pas à s’implanter dans les exécutifs et les assemblées locales. Comme s’il y avait deux vies politiques parallèles (locales et nationales) avec leurs partis dédiés.  

Donc les Français ne sont pas satisfaits du choix qui leur est proposé au niveau national… 

Non puisqu'ils refusent le clivage gauche-droite et ne veulent pas non plus du statu quo ‘lepeno-macronien’… Pour espérer supplanter, au premier tour, soit Emmanuel Macron, soit Marine Le Pen, il faut que le PS, LR, les écologistes ou LFI développent un discours qui dépasse le cadre de leurs camps d’origine. C’est d’ailleurs ce qu’ont compris nombre d’entre eux qui n’utilisent plus le vocabulaire typé de gauche ou de droite. C’est ainsi que JL. Mélenchon se veut le porte-parole du peuple et pas de la gauche, qu’il a remplacé les ‘camarades’ par ‘les gens’, le drapeau rouge et l’internationale par le drapeau tricolore et la marseillaise, que Xavier Bertrand parle beaucoup de social et d’interventionnisme, qu’Arnaud Montebourg rêve tout haut de souverainisme des deux bords et que tous parlent d’écologie. Mais un débat politique, pour devenir pertinent, doit surtout dégager de nouveaux clivages coherents. Même insatisfaisant, même réducteur et même parfois artificiel, le clivage entre une vision optimiste de la mondialisation (macronisme) et une vision défiante de la mondialisation (lepenisme) reste le plus opérant, le plus simple à imposer. Ce clivage lisible assure, pour l’heure, la pérennité du couple Le Pen Macron. 

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