Nicolas Sarkozy a été adoubé hier par 98% des adhérents de l'UMP. Il a lancé sa campagne porte de Versailles à Paris, comme l'avait fait avant lui Ségolène Royal à la Mutualité fin novembre. Alors raté ou réussi le lancement de campagne du candidat UMP ? De son point de vue, c'est incontestablement réussi. En quelques heures, Nicolas Sarkozy a réussi à faire oublier un début de semaine calamiteux, il a même réussi à faire croire que tout son camp sans exception était derrière lui, alors qu'accessoirement, le président de la république, le premier ministre, et le président de l'assemblée nationale restent ses pires ennemis. Réussi pourquoi ? D'abord parce que la scénographie de son investiture était parfaite. Modeste, enfin relativement modeste quand on l'attendait pharaonique, "fini les people, vive le peuple" comme dit l'un de ses communicants. Pas de vedette donc, pas de Cécilia, ou de petit Louis clamant "bonne chance mon papa". Seul le candidat comptait ! Oh, il y eut bien quelques astuces de mise en scène; et notamment l'une qui pourrait devenir un concept, l'invité politique clandestin. C'est le statut accordé à Dominique de Villepin. Car Vous vous savez qu'il est venu faire une brève apparition au Congrès, parce que Vous l'avez vu à la télé, mais figurez-vous que les militants présents hier porte de Versailles eux n'en n'ont rien su. Personne ne leur a dit qu'il était là, aucune caméra n'a montré d'image de la visite. Résultat : pas un sifflet. Nicolas Sarkozy en Houdini de ses opposants, il fallait oser, mais ça a marché ! Alors, sur le fond du discours ensuite. Le désormais candidat sait qu'il a à résoudre une drôle d'équation. Aujourd'hui dans les sondages, l'équilibre droite/gauche, donne un net avantage à la droite au premier tour, de l'ordre de 47/53% ; mais au second tour, Nicolas Sarkozy perd ! Hier, il lui fallait donc commencer sa mue, rassurer, et ne pas rester le candidat de son camp,de son clan. Résultat, il a quasiment fait un meeting de deuxième tour ! Il a donné des gages sur lui-même, "j'ai changé" a-t-il assuré à plusieurs reprises, son ton apaisé et ses gestes lents et graves étaient là pour nous en convaincre. Il a donné des gages à la droite, "bouclier fiscal, loi sur le service minimum, remise en cause des régimes spéciaux de retraite", mais fini la rupture, vive la synthèse, il a surtout ouvert son panthéon personnel et ses propositions à la gauche et au peuple de gauche ; citant à l'envie Jaurès et Blum, promettant d'être le défenseur des Travailleurs, et le président du pouvoir d'achat, récusant aussi son atlantisme et son communautarisme pour se placer plus prudemment dans la lignée présidentielle française. Proclamant enfin, "la France réunie", si proche du slogan mitterrandien de 88 "La France unie". Au final, un discours au subtil équilibre, qui se voulait déjà celui du rassemblement du peuple de France. Alors donnera-t-il le tournis à ses électeurs jusque là, acquis qui vont se demander qui est vraiment Sarkozy, ou séduira-t-il durablement au-delà de son camp ? C'est tout l'enjeu de la campagne. Mais ça y est désormais, tout commence !

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