**Ce matin, vous évoquez le dernier livre de Jean-Noël Jeanneney : « L’un de nous deux ».Nous l’avons déjà évoqué avec l’auteur mardi matin à 6h45 mais je voulais y revenir pour vraiment le conseiller à tous ceux qui aiment la politique. La politique peut être aussi une matière noble et ce petit livre vous le rappelle. L’historien met en scène un dialogue imaginaire entre deux otages, prisonniers des allemands fin juin 44 dans une petite maison prés de Buchenwald. Ces deux personnalités captives sont Georges Mandel et Léon Blum, le Radical, ancien ministre de la troisième république, qui fut très proche de Clemenceau et le leader socialiste du Front populaire. L’un est un politique roublard, un peu cynique mais courageux et vigoureux, l’autre est une conscience tourmentée et droite. Ces deux hommes ont été retenus ensemble pendant 14 mois. Le 28 juin 44 la résistance assassine Philippe Henriot le ministre de l’information de Vichy. Quand Blum et Mandel l’apprennent, dans leur geôle, ils comprennent que l’un d’eux sera renvoyé en France et certainement exécuté en représailles. Ce sera finalement Mandel, tué par la milice le 7 juillet de cette même année dans une forêt française. Ces faits sont historiques. La pièce de Jeanneney se déroule durant les quelques heures avant et après l’assassinat d’Henriot et recrée un dialogue qui aurait pu exister, qui a du exister, avec d’autres mots certainement. L’immense connaissance de la biographie de ces deux hommes dont l’historien Jeanneney est le spécialiste, fournit un huis clos où se mêlent tout ce dont est fait la politique : l’anecdotique, le calcul tacticien mais aussi l’altruisme et les grandes aspirations. Il nous parle de trois époques très différentes. L’époque où se consolide la République française. C’est-à-dire la troisième république à travers un dialogue Jaurès/Clemenceau qui sont les références tutélaires, les maitres à penser des deux prisonniers. Jeanneney fait parler Blum et Mandel qui font parler Jaurès et Clemenceau dans un dialogue en forme de poupées russes. On y évoque les couples infernaux que sont l’ordre et la liberté, la responsabilité personnelle ou collective. Deuxième époque bien sur : la guerre, l’époque des deux personnages…c’est celle des choix dramatiques…d’une certaine définition de l’identité, non pas nationale mais française…pour ces deux hommes politiques juifs, qui justement n’avaient pas rejoint Londres pour ne pas qu’on les accuse de désertion et pour désamorcer le qualificatif d’apatride… Et il y a donc une troisième époque abordée dans ce texte : la nôtre.Oui, alors bien sûr la teneur souvent philosophique et dramatique du dialogue entre deux hommes qui savent que l’un d’eux va bientôt mourir semble à mille lieues de la politique d’aujourd’hui, l’époque était épique et les choix politiques engageaient les vies mais, en même temps, sont débattues, entre ces deux hommes des notions, presque éternelles de la politique : le courage intellectuel, les limites de la fidélité, le rapport entre le discours et l’action, faut il être pessimiste ou optimiste pour agir, vaut-il mieux pêcher par excès de confiance ou par excès de défiance. Tout est-il politique ? …on y parle des rapports de servilité ou de courtisanerie dans les sphères du pouvoir. Il y a même la question de la communication politique. Blum reproche à Mandel d’avoir été, en tant que ministre des postes, avec des journalistes dans des bureaux de postes pour surprendre des employés en flagrant délit de fainéantise. « Démagogie » dit Blum, « bonne communication » répond Mandel …même dans les moments les plus tragiques deux hommes politiques peuvent quitter les sommets de la réflexion pour parler stratégie et communication. « L’un de nous deux » est un livre politique rare et riche. « L'un de nous deux », un livre de Jean-Noël Jeanneney publié aux éditions Portaparole.**

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.