Le contenu de l’accord entre patronat et syndicat, sur le marché du travail peut-il être voté en l’état par les députés de la majorité ?

Pour que la réforme à la française entre enfin dans une phase de maturité politique, il le faudrait ! Quoique l’on pense des termes de cet accord, le simple fait qu’il existe, que son contenu, fruit d’un compromis, soit différent de ce qu’aurait produit un projet purement socialiste, si la majorité décide de le voter presque tel quel, ce serait un événement fondateur. Le président du groupe socialiste, Bruno Leroux affirme qu’il fera tout pour qu’il en soit ainsi. Il sait pourtant que les termes de l’accord, de facture disons presque sociale libérale, obtenu selon une méthode social-démocrate, ne correspondent pas tout à fait au centre de gravité, plus à gauche, de son groupe. C’est bien la ligne Hollande-Ayrault-Sapin, un réformisme modéré, d’inspiration socialiste d’Europe du nord, qui s’impose. Un compromis est forcément plus centriste mais peut-être aussi plus solide. Alors il y aura des tentatives d’amendements. Jean-Marc Ayrault va batailler ferme pour contenir l’aile gauche du PS qui se sent trahie. Il faut dire que l’on pointe souvent la faiblesse du Parlement face à un exécutif trop puissant… et là, voilà que les parlementaires devraient se faire imposer un texte produit par des partenaires sociaux ! Encore une preuve que nos institutions ne sont malheureusement pas taillées pour la démocratie sociale. Toujours est-il que, si le PS et les écologistes traduisent fidèlement l’accord dans une loi, alors on pourra dire que le souhait, souvent répété de Michel Rocard, « passer d’une société du conflit à une société du compromis » sera en voie de réalisation.

Oui parce que jusqu’ici, notre penchant naturel, c’était plutôt le passage en force !

Oui l’affrontement, la victoire par K.O. A gauche (parfois à droite aussi, on l’a vu ce week-end,) l’idée c’est de mettre le plus de gens dans la rue pour faire canner le gouvernement. A droite (parfois aussi à gauche, on l’a vu ce week-end) c’est, face à une mobilisation massive, affirmer crânement : « nous n’avons pas cédé devant la rue ». En France le débat politique et social est souvent réduit à une série de monologues péremptoires et comminatoires…! L’essentiel de notre analyse politique réside d’ailleurs dans l’évaluation du fameux « rapport de force ». Il faut un gagnant et un perdant… L’affrontement plutôt que le contrat ! Cette culture nous vient sans doute des heures glorieuses et mythiques de l’édification de la République et des acquis sociaux, par à-coups, par les luttes. L'idée que le progrès doit avoir le goût du pavé est ancrée depuis 1789, 1830, 48, 71, 1936, 45, 68… Nos syndicats, maigrichons, enflent et en imposent lors des conflits et c’est presqu’en douce qu’ils négocient. Quand on imagine un syndicaliste en Allemagne on voit un négociateur, avec des dossiers sous le bras, en France on voit spontanément un ouvrier sur un piquet de grève. Comme la décentralisation dans les années 80 aura fait naître la démocratie locale, peut-être que cet accord est le premier pas vers une forme de démocratie sociale ? Et ce ne sera pas forcément un dévoiement de la culture révolutionnaire française… il faut savoir parfois, revenir à ses inspirateurs : Voltaire disait « Une république est fondée sur l'ambition de chaque citoyen, qui contient l'ambition des autres ». Une ode au compromis, voir au consensus.

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