Et a son tour François Hollande assume l’étiquette de social-démocrate. Il a fallu quand même lui arracher ce qualificatif parce que François Hollande, en bon Mitterrandien, très au fait des équilibres de la gauche française, avait toujours rechigné à étiqueter sa pensée économique. Aujourd’hui, il n’est plus en charge des équilibres de la gauche mais de ceux de la France. Pour rassurer son monde il a utilisé l’exemple des pays qui ont réussi à gauche. Ceux du nord de l’Europe et l’Allemagne de Schroeder. L’énoncée du détail, chiffré et daté du déroulé du pacte de responsabilité peut, effectivement, être qualifiée de social-démocrate puisqu’il s’agit d’un contrat. Mais en réalité, le terme social démocrate ne colle pas vraiment avec la tradition française. Les partenaires sociaux sont trop faibles pour que vive une politique de compromis social. Avec 8% de syndiqués et un patronat de combat, François Hollande est un social démocrate sans bras. Alors est-il social libéral ? Oui, pour le coup puisqu’il prône une politique de l’offre. "La gauche n’aurait-elle pas à s’occuper de l’offre ?" répond-t-il, faussement étonné à un journaliste. Il a eu aussi cette formule amusante et révélatrice "si c’est être de gauche que de faire du déficit, alors mes prédécesseurs étaient d’extrême gauche". Donc Social démocrate du bout des lèvres, social libéral (il n’a pas évoqué ce terme) mais il revendique l’idée que l’offre crée la demande. En revanche François Hollande a spontanément accolé deux termes pour mieux définir sa politique : "sociale et patriote". Ce qui ne veut pas dire grand-chose mais peut plaire à droite comme à gauche. Et puis ça fait référence à ce qu’aiment les français, que l’Etat soit au centre du dispositif. C’est une forme de libéral-dirigisme, ça nous vient de Colbert ou de Saint-Simon… c’est en réalité du volontarisme. Sur la forme François Hollande s’est montré déterminé. Fini le « mi-chèvre, mi choux » qui lui était souvent reproché. Oui, je ne sais pas si c’était le contexte lesté par sa situation personnelle qui lui donnait cette gravité mais François Hollande est apparu hier particulièrement présidentiel. Son propos était emprunt d’autorité et il était sans ambages. La fin programmée des cotisations familiales, la sérieuse pression exercée sur les collectivités locales pour qu’elles opèrent, d’elles mêmes, des regroupements, étaient exprimées avec une fermeté que beaucoup attendaient autour de lui. François Hollande semblait réellement à l’aise et presque soulagé de pouvoir affirmer ce qu’il pense vraiment. Comme s'il sentait que le moment était propice, que les français (son électorat a-t-il même dit, avant de se reprendre) était désormais en mesure d’accepter une politique d’effort budgétaire. Pendant la campagne François Hollande soulevait les foules en clamant "mon ennemi, c’est la finance". A l’entendre hier on aurait juré qu’il avait plutôt scandé "mes ennemis ce sont les déficits". On peut donc dire que c’en est fini du décalage entre des mots plus à gauche que les actes, vieille habitude du PS au pouvoir. Fini ? Sauf que ces décisions d’orthodoxie budgétaire ne sont accompagnées d’aucune prévision de sacrifice. François Hollande nous explique encore que l’on fera 30 milliards d’économie dans les services publics et sur les prestations sociales et que ce sera indolore. Ça ressemble à une promesse d’arracheur de dent ! A moins qu’il en ait la conviction, c’est ce qui reste quand même d’entourloupe dans le propos d’hier.

► ► ► (RE)VOIR | La conférence de presse du François Hollande

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