L’affaire Fillon revient parce que le procès arrive. Parce que François Fillon a décidé de parler à la fin du mois sur France 2 et parce qu’un livre très documenté sort, qui retrace la catastrophe de sa candidature : "Apocalypse Now", de Davet et L’homme.

François Fillon et sa femme (en arrière plan) Penelope
François Fillon et sa femme (en arrière plan) Penelope © AFP / Jean-François Monier

Dans Apocalypse Now, les années Fillon, il est question de la petite entreprise Fillon, qui, pendant des années, a constitué un trésor de guerre. Il y est question aussi de l’emploi fantôme de madame Fillon et des multiples chausse-trappes sarkoziennes. 

Mais les deux journalistes ont aussi établi, précisément, ce que les observateurs avaient cru noter : la célérité exceptionnelle de la justice dans cette affaire. Ils écrivent : "oui, François Fillon a bien ‘bénéficié’ d’un traitement particulier de la part de la justice, un traitement de défaveur en quelque sorte ; oui encore (…) la magistrature a fait preuve d’un zèle jamais vu jusqu’alors ; oui, enfin, tout a été fait pour que le candidat de la droite puisse être mis en examen le plus rapidement possible, en tout cas avant le premier tour."

Est-ce une injustice ?

C’est ce que François Fillon et ses soutiens se sont empressés de dénoncer : un traquenard judiciaire

Les auteurs, eux, se bornent à constater que jamais enquête sur un sujet si sensible, si proche d’une élection, n’a été menée si rapidement. On pourrait soutenir que, justement, les magistrats ont fait leur travail en étant assez prompts pour que la justice puisse passer. 

Après l’affaire Cahuzac ont été créés le Parquet National Financier, la Haute Autorité pour la Transparence et l'OCLIF, une unité de police spécialisée ? Ce qui aurait été grave, c’est que rien ne change dans le traitement de ces affaires après le choc Cahuzac et avec ces nouveaux instruments. 

Après une rapide enquête commencée dès les révélations du Canard (première promptitude inédite !), le président du Triunal de grande instance de Paris désigne le juge Tournaire. Là aussi ce fut une surprise qui signait la volonté de la justice de s’affirmer. Le juge Tournaire a été choisi pour sa réputation de moine soldat, dur avec les puissants, in-impressionnable par les politiques quels qu’ils soient. 

De toute évidence, l’institution judiciaire avait décidé de ne plus être timorée avec les plus hauts personnages de l’Etat

Jacques Chirac est l’incarnation du puissant pour lequel toute une série d’affaires aura assez traîné pour que deux présidentielles lui fournissent une immunité salvatrice. 

La façon, disons ‘offensive’, dont le juge Tournaire a agi, la rapide (très rapide !) mise en examen du candidat a, après tout, évité à la France qu’un président élu (pour peu qu’il ait gagné) soit accusé d’avoir triché pendant des décennies, sans pouvoir être jugé. On imagine la situation politique ! 

Au fond, qu’est-ce qui est le plus manipulatoire ? La savante lenteur de magistrats prudents qui aboutissait inexorablement à un déni de justice, ou une rapidité inédite de juge en bois brut qui aboutit à une entrave politique ? La réponse dans de nombreuses démocraties -et dans le cas Fillon- est simple : au juge, on demande d’assurer la bonne marche de la justice… pas celle de la politique.

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