Les élections européennes, à nouveau commentées, une semaine après, parce qu'on les commente toujours à chaud, c'est normal mais ces chiffres ont un effet secondaire, après décantation, dans les jours qui suivent. Ils changent certains réflexes et peuvent modifier l'atmosphère politique ambiante. Ils sont comme ces couleurs que l'on applique sur une toile et qui, en séchant, font apparaître des nuances nouvelles. Une semaine après, le double paradoxe que nous décrivions lundi reste vrai : un UMP haut mais une majorité basse et une gauche majoritaire mais impuissante. Ce qui apparaît -peinture sèche- c'est un troisième paradoxe : Nicolas Sarkozy, fort mais seul est aussi, plus que jamais, le maître du jeu. L'opposition est tout à sa recomposition et le mouvement social semble touché par l' « aquoibonisme ». Le président s'apprête à symboliser, involontairement, sa position royalement seule, puissante et isolée en singeant le discours du Trône à Versailles lundi prochain. De l'autre côté, après une semaine de KO ou de fête au PS ou chez les Verts, on vit un bouillonnement narcissique, une introspection générale. Le « Qui sommes nous ? Que voulons-nous ? » remplace le « Comment peut-on battre Nicolas Sarkozy ? » - ça donne un foutoir qui peut être ravageur ou créatif, une décharge fétide ou un terreau fertile. Qu'est-ce que ça peut donner pour les régionales de 2010 ? De toute façon, en termes de conquête territoriale, ce sera mécaniquement une défaite pour la gauche puisque le PS est quasi hégémonique dans les régions. Pour faire mieux qu'en 2004, il faudrait qu'il gagne l'Alsace sans rien perdre. Ça ne se fera pas parce que le Front National n'est plus ce qu'il était. Il y aura quelques régions symboles comme l'Ile-de-France qui peut devenir verte, ou UMP, mais finalement, ce qui attirera plus l'attention dans ces élections, ce sera : 1/ le nouveau rapport de force après un scrutin plus mobilisateur que les européennes ; 2/ la qualité des reports de voix entre le PS et les verts et vice versa entre les deux tours. En comparaison avec les européennes, on verra si les électeurs de gauche qui avaient boudé les socialistes pour les verts persistent dans un choix qui serait alors positif (au sens de « je vote pour et non pas contre ») ou bien s'ils reviennent dans le giron classique du PS, au quel cas le vote de dimanche dernier aura été un vote négatif (« je vote contre plutôt que pour ») - ça change beaucoup de choses pour la suite. La présidentielle de 2012. A droite, c'est simple, Nicolas Sarkozy devra accompagner la sortie de crise et la reprise de façon à maintenir sa solide base tout en étant capable de l'élargir jusqu'à 50%. Ça se fera sur sa façon d'être Président. Il lui faut aussi retrouver le géni qui lui a permis d'être élu en invoquant Jaurès et Blum dans un discours libéral. Il y travaille déjà sur d'autres thèmes, l'écologie (lui aussi), l'encadrement du capitalisme. De l'autre côté, à gauche, il faudra que du bouillonnement écolo-socialiste sorte un projet cohérent et clair. Que des questions comme celle du nucléaire soient tranchées. Il faudra aussi que le problème du leadership soit résolu. Si, comme le souhaite les quadras et jeunes quinquas du PS, les socialistes se lancent dans un processus de primaire ouverte aux sympathisants, il faudra que les prétendants soient écolo-compatibles. Ces derniers temps, on avait l'impression que les débats se déroulaient à l'intérieur de la droite ou du moins qu'ils venaient de la droite. Nicolas Sarkozy en a tiré la dynamique par laquelle il a été élu. Il reste maître du jeu mais le débat tant attendu à gauche semble s'annoncer. Avec son corolaire, la dynamique. En rugby on dit « les mouches ont l'air de changer d'âne »!

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