Ce qui se passe en Belgique peut être un motif de réflexion sur la France.Oui, en Belgique, ou dans plusieurs pays d’Europe centrale avec des poussées populistes et xénophobes, des velléités séparatistes, ce qui se passe en Italie du Nord vis-à-vis du sud… fait ressortir, en creux une spécificité bien française, dont on oublie souvent de mesurer à quel point elle est un trésor assez unique en son genre : l’unité. Bien sûr, nous nous divisons souvent de façon agressive mais toujours sur des idées, parfois sur des idées reçues… nous nous écharpons sur l’école, les retraites, des principes nous avons souvent des mots violents et définitifs lors de débats très théoriques, idéologiques, nous protestons et manions volontiers le pavé mais finalement, si l’on se compare à nos voisins, nous ne nous divisons pas vraiment sur ce que nous sommes. Les débats français montrent que nous craignons pour la pérennité de notre modèle. Nous nous divisons sur les solutions à apporter pour sauver notre spécificité mais personne, dans une région française penserait à dire, avec une quelconque chance d’être entendu, que le déclin de la France est dû à la région d’à coté. S’il y a parfois un chauvinisme régional, départemental et même municipal, si l’on accuse facilement Paris d’être responsable de bien des maux, il n’y a pas de détestation mutuelle comme ce peut être le cas entre flamands et Wallons, il n’y a pas ce mépris que l’on ressent entre Madrilènes et Barcelonais, ce racisme entre les lombards et les habitants des Pouilles, ni même cette incompréhension entre certains Ecossais et Londres. En France, le nord n’est pas en rivalité avec le Sud alors que la diversité des cultures d’origine est certainement plus forte qu’ailleurs sur le continent. Est-ce le ciment de la langue française ? Est-ce le résultat de deux cent ans de jacobinisme, est-ce la magie de l’alchimie républicaine ? Tout n’est pas rose ! Il y a bien des divisions françaises !Oui, mais elles sont transversales, catégorielles. Les fonctionnaires peuvent être accusés d’être des privilégiéS, les hauts revenus de bénéficier de niches fiscales, on peut pointer du doigt les assistés, se demander si les agriculteurs n’engouffrent pas trop de subventions, si les intermittents du spectacle n’abusent pas du système…ce matin par exemple Libération souligne que les baby boomers sont les « enfants gâtés de la retraite » on peut dénoncer violemment les inégalités territoriales, non pas entre deux régions, mais entre les centre-ville et certaines banlieues abandonnées ou villages sans services publics. Nos politiques ont parfois tendance à jouer de ces dissensions transversales, dénoncer les riches, ou décréter qu’il y a une France qui se « lève tôt » et une autre, on se méfie des jeunes, on oppose le privé au public. Mais personne ne peut dire, en France, « les Lorrains ou les périgourdins ne sont pas comme nous, on ne peut pas vivre ensemble ». Il y a bien sur la xénophobie du FN et du racisme ordinaire, des propos présumés racistes tenus par un ministre. Mais globalement, excepté au FN, on n'ethnicise pas les débats en France. C’est un apport de la République ! Pour s’en convaincre il suffit de relever qu’un président de droite en France ne pourrait pas dire comme un candidat de gauche en Angleterre (Gordon Brown en l’occurrence) qu’il faut favoriser l’emploi des nationaux. Il y a bien sur ce ressentiment qui monte envers l’islam mais qui peut dire, quelle est la part de la crainte d’une radicalité religieuse dans un pays profondément laïc et la part de racisme dans ce phénomène ? Nous avons une chance que l’on ne sait pas mesurer parce que nous adorons détester la politique : mais justement si malgré tout nous ne nous divisons pas c’est que nous sommes un pays éminemment politique.

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