**La remontée de Nicolas Sarkozy dans les sondages ET de la « boutade » de Jacques Chirac sur son intention de voter pour François Hollande... Quel est le rapport?Ces deux épiphénomènes politiques procèdent d’une même tendance que l’on sent poindre. Il s’agit d’une aspiration à un retour d’un certain classicisme, une nostalgie de l’époque où l’on avait quelques repères. Prenons d’abord le cas des manifestations d’amour de Jacques Chirac pour François Hollande : ça ressemble à la résurgence d’un courant politique, que pouvait représenter, pour partie, Jacques Chirac et qu’incarne maintenant à merveille François Hollande : le radical-socialisme (rad-soc). Cette mouvance qui a connu ses heures de gloire à la fin de la IIIème république, était devenue, après la guerre, un attrape-tout, un parti identitaire bien français, bien terroir. Puissant dans le grand sud-ouest, ce courant, souvent lié à la franc-maçonnerie, est associé à une certaine façon de faire de la politique. A la bonne franquette, avec des rondeurs et des arrangements. C’est la culture du compromis autour d’une bonne bouteille et d’une bonne table. Quand on est rad-soc on dépasse la ligne gauche-droite, on est plutôt du côté du progrès, opposé au curé mais pas trop loin quand même. C’est la France d’antan où l’on côtoyait des élus qui connaissaient le prénom de nos enfants. La France de la bonne poignée de main, du cul des vaches et des monuments aux morts, des banquets et des écharpes tricolores sur des ventres de notables chaleureux. François Hollande joue de cette aspiration là, de ce besoin, un peu régressif de retrouver des attitudes plus humaines, moins agressives que la politique de ces dernières années. Quel rapport avec la remontée de Nicolas Sarkozy dans les sondages ?Elle procède de la même aspiration, d’un besoin de retour au classicisme, à l’apaisement et à une certaine sagesse. Nicolas Sarkozy remonte dans les sondages (très relativement, certes mais la tendance est là). Il remonte depuis qu’il tente de faire le Président plus classique. On ne le voit plus joggant dans son T-shirt NYPD, il multiplie les déplacements en province avec des attitudes dignes, mesurées, il ne plonge plus dans l’essoreuse de l’actualité effrénée, il privilégie les apparitions sur la scène internationale qui fabriquent de la stature. Le problème c’est que cette une attitude va à l’encontre de sa nature et des raisons qui ont fait son succès en 2007 : énergie, volontarisme, transgression. Mais l’effet 2007 a fait long feu. Renonçant donc à tout ce qu’il était, la question est maintenant de savoir s’il saura incarner, de façon crédible, le président olympien et sage. Souvenez-vous, il y a cinq ans, on ne parlait que de renouvellement nécessaire de la classe politique. Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy incarnaient ce renouveau, par leur façon frénétique de faire de la politique, à coup d’annonces chocs, le dézingage de tabous supposés et de com’ à outrance. On en est revenu, ça a fatigué tout le monde... Maintenant il faut du solide, de l’éprouvé : le ministre le plus populaire n’est pas un représentant de la génération renouvelée, c’est Alain Juppé, vieux briscard, un peu rasoir mais rassurant. Le nouveau Sarkozy essaie de lui ressembler… ce n’est pas gagné…pas simplement parce qu’il s’agit d’un rôle de composition mais aussi parce qu’au contraire du conseil de Condorcet : « conservons par la sagesse ce que nous avons acquis par l’enthousiasme », eh bien Nicolas Sarkozy tente de récupérer par ce qui ressemble à de la sagesse ce qu’il avait perdu par ce qui ressemblait à de l’enthousiasme…**

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