Comme une impression de recommencement, même si de nouvelles cibles apparaissent

Oui et même si à chaque attentat, de nouveaux procédés, de nouvelles cibles apparaissent… cette fois-ci, des policiers visés (chez eux, dans leur sphère privée) pas pour ce qu’ils font mais pour ce qu’ils sont ! Une nouvelle mise en scène et même un procédé d’auto-médiatisation de son action par le terroriste lui-même, et finalement cette affligeante impression d’impuissance. On s’aperçoit, à chaque fois, que le terroriste était fiché S (cette fois-ci en plus il avait été condamné) ! L’opposition, une partie au moins (le FN et les sarkozystes principalement) réclament la rétention des fichés S… Comment enfermer 5000 personnes (si l’on ne prend que les plus radicalisés) ? Et jusqu’à quand ? Ça parait aberrant du point de vue opérationnel, logistique autant que juridique. Alors il ne s’agit pas de dire qu’il n’y a rien à améliorer. Chaque attentat est un échec des services de sécurité. Chaque attentat doit donner lieu à une remise en cause, un retour d’expérience exigeant. Il faut continuer de demander des comptes et de sérieusement s’interroger sur l’articulation renseignement, police, justice. On peut se demander si l’opération Sentinelle, qui mobilise des milliers de soldats en patrouille, ne représente pas un gâchis d’énergie. Le problème, c’est que rassurer et sécuriser sont deux objectifs proches mais qui, d’un point de vue opérationnel, n’impliquent pas forcément les mêmes décisions politiques… Pour rassurer il faut montrer des policiers et des militaires… pour sécuriser il faut plutôt les cacher…avec ce risque : s’entendre dire « mais où est la police ? ». En réalité, ce qu’il convient de faire n’est sans doute pas très spectaculaire (donc pas très rentable politiquement à court terme). Ça se situe dans la mécanique et l’organisation des services de sécurité, du renseignement, de la justice et de l’administration pénitentiaire… Et puis il faut surtout en prendre son parti, apprendre à vivre avec cette menace, ces victimes.

C’est ce que l’on appelle la Résilience ?

On utilise beaucoup ce mot à la mode quand la société vit un traumatisme mais on pourrait juste parler de sang-froid collectif, de patience ou de courage parce qu’en réalité, aucun service de renseignement, aucun enfermement massif de jeunes radicalisés, aucune justice efficace et rapide n’empêcheront qu’un individu qui décide tout seul de faire allégeance à l’Etat Islamique, passe dans les interstices d’une société démocratique, même en état d’urgence. On critique le gouvernement pour ses échecs, on se désole de voir l’opposition (parfois les médias) faire de la surenchère sécuritaire démagogique… mais c’est aussi à tous les citoyens de prendre sur eux, de décider collectivement de traverser cette épreuve qui reste -bien que très spectaculaire et angoissante- qui reste numériquement moins meurtrière (et de très loin) que les guerres et les révolutions que nous avons déjà vécues…ou même les accidents de la route. Nous ne sommes pas en Angleterre, alors ce discours (qui surmonte l’effroi et relativise, sans baisser la garde) ne peut pas être tenu aussi clairement par les politiques. Nous devons donc (les citoyens) nous les tenir nous-mêmes.

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