Il consulte, il promet, il élimine. Nicolas Sarkozy est en train de concocter son premier gouvernement. De la dentelle et du grand art, car le nouveau président a choisi d'envoyer un signal politique fort à cette occasion. Il y avait l'art de composer les gouvernements, version "old fashioned". Le président, car c'est toujours le président qui s'y colle, contrairement à ce que voudrait nous faire croire la constitution, comptait ses amis, les vrais, il les recasait, tous, il mesurait quelques équilibres, les tendances dans les partis, les disparités régionales, oui, ça faisait toujours bien d'avoir un élu du nord, un du sud, de la ville, de la campagne, un des dom tom ; et puis quelques femmes, très peu en général, une flopée de secrétaires d'état pour contenter les plus obscurs et le tour était joué. Et bien il y aura désormais la version, sinon moderne, en tout cas sarkozienne de concocter un gouvernement. Et a priori, ça devrait dépoter. Efficacité et pas de sentiment - ça c'est pour faire passer la pillule aux grognards de la première heure. Nouveaux périmètres pour les 15 ministères. Il ne s'agit pas seulement de dénominations new look, type "ministère du temps libre" comme en 81, mais de nouvelles cohérences. Sur le modèle allemand ou le modèle japonais du MITI, l'emploi serait rapproché de la politique économique. Bercy serait donc éclaté en 2 pôles, Stratégie économique et emploi d'un côté, comptes publics de l'autre, qui regrouperait pour la première fois, les comptes de l'état, ceux de la sécurité sociale et ceux des collectivités locales. "Ah on va voir les doublons dans les administrations" s'extasie déjà un conseiller. Cohérence toujours mais surtout très forte empreinte politique du futur détenteur du portefeuille, le tentaculaire ministère d'Alain Juppé, développement durable, environnement, transports, équipements, énergie et peut-être logement". Ouf ! Tout est écologique plaide-t-on dans l'entourage. Oui, ça permet surtout à l'ex premier ministre d'avoir un vrai poste de vice premier ministre. Vraie révolution de travail gouvernemental en tous cas en perspective, même si au début reconnait-on, on ne sait pas trop où on va envoyer les dossiers. L'ouverture, tous azimuts, ce sera l'autre marque de fabrique du Sarkozy 1. Ce dont François Bayrou a rêvé pendant la campagne, Nicolas Sarkozy va le faire. Un gouvernement qui irait de la gauche à la droite en passant par le centre et la société civile. Habileté politique certes, mais le nouveau président est surtout convaincu que c'est le rétrecissement de Jacques Chirac sur son clan, en 95 et 2002, qui a conduit à l'échec de ses mandats. En s'apprêtant à nommer des gens de l'autre rive à des postes clefs, Nicolas Sarkozy entend aussi déjouer tous les procès en diabolisation qui lui ont été intentés. Lui sectaire, homme de clan, concentrant dans sa main tous les pouvoirs ? Pensez donc : il est capable d'offrir à des socialistes ce que leurs propres camarades leur ont refusé. C'est évidemment le sens de la future nomination, encore à mettre au conditionnel, de Bernard Kouchner au Quai d'Orsay. Tiens d'ailleurs, Nicolas Sarkozy a aussi pensé à un socialiste pour être à la Justice. Hubert Védrine, garde des sceaux. Incongru pensez-vous ? Avoir l'idée que celui qui va protéger Chirac dans les années qui viennent soit un socialiste - ça c'est vraiment trop fort s'exclame un conseiller de ministre. La revendication de l'efficacité politique n'exclut pas, le subtil calcul politique, voire le machiavélisme. Et ça c'est moderne ou "old fashioned" ?

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