Grève de la fonction publique aujourd'hui, avec un débat à la "Une", celui autour du service minimum d'accueil dans les écoles. Un débat hautement politique. Le service minimum d'accueil est-il un progrès social ou une restriction au droit de grève ? L'opinion publique étant par nature et pragmatisme favorable à tous les services mimimum, est-elle irrémédiablement et totalement acquise à l'idée que notre société ne doit plus être que de "services", ou existe-t-il encore des marqueurs idéologiques auxquels elle croit et elle tient ? En fait, le débat autour du service mimimum d'accueil tel qu'il a été relancé ces derniers jours, c'est d'abord une stratégie politique, avant de ressembler à des énoncés de baccalauréat ! "Franchement, il n'y a pas beaucoup de sujets en ce moment où l'opinion publique est derrière nous, alors on en profite", avoue aisément un conseiller d'un ministre. Et pour en profiter, Xavier Darcos en profite. Conforté par un récent sondage CSA qui affirmait que 60% des Français étaient favorables à la mise en place de ce service minimum, le ministre de l'éducation ne parle plus que de cela. Des maires qui acceptent de jouer le jeu et de se "décarcasser" comme le dit François Fillon, contre ceux qui, pour des raisons idéologiques, font un blocage sur la question et, du coup, mettent sciemment dans l'embarras les familles. Le calcul est le suivant : plus la grève sera dure, plus les ennuis pour les familles seront grands et ce devrait être tout bénéf pour le ministre, la loi de l'emmerdement maximum étant en quelque sorte censée lui profiter. Avec un argument imparable à la clef, ce sont évidemment les familles les plus modestes qui pâtiront le plus aujourd'hui de la grève des enseignants. Conclusions : la gauche décidement, c'est fait pour les bobos qui ont argent et RTT. La majorité, elle, s'inquiète du sort des plus faibles. Ce dernier argument peut effectivement mettre en porte à faux les collectivités de gauche qui refusent de mettre en place ce service miminim d'accueil. Pour échapper à la critique, elles préfèrent dénoncer "l'art de la diversion" du ministre, doublé d'un "l'art de l'esquive". Diversion, parce que pendant qu'on parle service minimum d'accueil, on ne parle pas des près de 23 000 suppressions de postes dans la fonction publique, et donc de l'avenir de l'école notamment disent-elles. Esquive, car ce que Xavier Darcos propose, c'est rien de moins que de substituer des fonctionnaires territoriaux à des fonctionnaires d'Etat en grève. Jouer les jaunes contre les grévistes, vieille technique, mais surtout ne pas payer soi-même les jaunes, ça c'est assez novateur ! "Mais si vraiment le gouvernement veut mettre en place ce service, qu'il le fasse LUI, mais qu'il n'en fasse pas reposer la responsabilité, financière et juridique sur les communes, c'est de la défausse !", s'insurge l'entourage du maire de Paris, Bertrand Delanoë, cible privilégiée des attaques de la droite. La gauche, tous courants et personnalités confondus pour une fois, entend donc "résister" à la pression, psychologique, politique et médiatique que le gouvernement entend faire peser sur elle en tentant de la prendre en défaut "d'assistance à familles démunies". C'est pour elle une question de cohérence idéologique. Elle n'en n'a pas tant que ça en ce moment. Il y a quelques jours, François Fillon se disait convaincu qu'en un an, la droite avait au moins remporté la bataille idéologique, en amenant les Français sur son terrain, celui de la réhabilitation du travail ou de l'autonomie des universités. C'est ce qu'elle essaie de faire avec ce service minimum d'accueil. Technique d'occultation pour évacuer des vrais débats de fond, sur l'avenir de l'école, mais aussi sur l'exercice de droits fondamentaux comme le droit de grève. Attention, l'opinion publique peut bien râler une journée face aux difficultés endurées ; elle n'est pas prête pour autant à effacer d'un trait de plume des acquis sociaux historiques ou brader un service public perfectible certes mais unaniment respecté par les Français.

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