C’est une journée bien particulière : l’installation du nouveau président de la République à l’Elysée.

Oui, une journée à la fois très codifiée, ritualisée, tout ce qu’il y a de plus formelle mais aussi éminemment personnelle. A l’issue de cette journée, on devrait avoir une idée de ce à quoi ressemblera la présidence Hollande. Le balai protocolaire est quasiment immuable : l’arrivée du président élu, son accueil par le président sortant, leur entretien, le départ de ce dernier. Tout ça se déroule selon un scenario établi… On scrutera, au-delà de ce formalisme absolu, les attitudes, les sourires, le moindre geste, les petites entorses au protocole, sympathiques, maîtrisées ou maladroites. Tout sera analysé et interprété avec d’autant plus d’acuité que les premiers pas de Nicolas Sarkozy, il y a cinq ans, avec toute sa famille, des images glamour avaient marqué les esprits et caractérisé, le début du mandat. Ensuite vient la cérémonie proprement dite : la proclamation des résultats par le président du conseil constitutionnel, la remise du collier de grand maître de la Légion d’honneur, le discours et le salut aux invités, corps constitués, et invités politiques et privés du président. Là, va s’inscrire, presque se graver, pour les premières années de son quinquennat, le style du nouveau président. On jugera de sa prestance, de son allure… ce n’est pas simple en 2012, pour une personnalité, qui est forcément une star, après une campagne hyper-médiatisée et qui cultive depuis des années une image de proximité, de savoir se tenir sous les dorures et d’avoir l’air naturel devant la garde républicaine toute en cuivre et plumeaux ou debout dans une voiture sur les Champs-Elysées! Le Président Hollande ne doit plus ressembler au François Hollande que l’on connaît mais il doit quand même réussir à être lui-même. C’est le concept des deux corps du Roi théorisé par Kantorowicz : le corps terrestre et le corps politique.

C’est là que l’on va voir si l’idée d’être un président normal a une signification !

Effectivement. Aujourd’hui c’est la journée la moins normale dans la vie d’un homme. François Hollande va se transformer par le simple passage à travers tous ces rites républicains. Président normal doit vouloir dire que la présidence va retrouver sans doute un certain classicisme, après la rupture de style de l’ère Sarkozy. Mais Hollande ne doit pas ressembler pour autant à Pompidou ou Mitterrand… la notion de normalité qu’il a lui-même mis en avant suppose de la simplicité et de la proximité. La simplicité et la solennité sont deux exigences compliquées à marier mais en réalité faites pour aller ensemble… c’est cette alchimie que François Hollande devra produire dans les tous premiers moments de sa présidence. Mais, au-delà des rites nécessaires et de la façon d’exercer une fonction, par nature extraordinaire, le plus important est à venir. Il faut réussir à « dé-monar-chiser » la fonction présidentielle. Ne pas abuser de son pouvoir. Et ça, ça s’évaluera plus au fil des nominations, dans la façon intègre et équitable de prendre certaines décisions, dans l’utilisation parcimonieuse des deniers de l’Etat pour le fonctionnement de la présidence et des ministères. François Hollande descend aujourd’hui les marches du Cannes de la politique. En démocratie (contrairement au cinéma), on est prudent, on décerne la palme d’or à la vedette au début du film. Le plus dur est à venir !

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