Pour avoir assisté au meeting de Nicolas Sarkozy à Fontenay-sous-Bois, mardi dernier, j’ai pu constater que l’ancien président avait particulièrement ciblé ces deux ministres-là. Il y avait d’ailleurs rajouté Eva Joly en expliquant qu’il avait cru comprendre que Najat Belkacem (il a oublié Vallaud en route) voulait remplacer les cours d’allemand par des cours d’écologie et, disait-il, (sans doute pour faire un mot d’esprit) qu’elle devrait demander à Eva Joly de se rendre dans les écoles afin d’expliquer l’écologie aux enfants. Ce serait, concluait-il, alors le comble du ridicule. Soit ! Vu comme ça, le discours de Nicolas Sarkozy était, effectivement, pour le moins ambigu. Et même si, au départ, il ne l’était pas, la salle (et Nicolas Sarkozy sent très bien les salles de meeting) le percevait comme tel. Les socialistes ont beau jeu de crier au racisme. Nicolas Sarkozy savait très bien ce que pouvait signifier ses sous-entendus. Pourtant, il n’en reste pas moins vrai que Sarkozy président a, après tout, pas mal œuvré, en son temps, pour faire émerger la diversité à la tête de l’Etat. Racisme ou pas ? Il s’agit plutôt d’une tendance, bien de chez nous, à porter la critique d’une action politique sur la personnalité et l’identité de celui ou celle qui la mène autant, si ce n’est plus, que sur le fond.

Et il ne s’agit pas forcément d’une histoire de couleur de peau.

Non, regardez pendant la discussion de la loi Macron, le passé de banquier du ministre lui était reproché, par la gauche cette fois. De même, Jean-Marie Le Pen base l’essentiel de son opposition à sa fille au fait qu’une partie de son entourage est homosexuelle ! Revenons au cas Taubira et Vallaud-Belkacem. Ces deux ministres sont responsables de secteurs à forte charge symbolique dans l’affirmation du clivage droite gauche. Un clivage que l’UMP a visiblement besoin de souligner en ces temps de refondation. De plus, et c’est une constance de la droite : il y a ce procès, diffus, en illégitimité de la gauche. On sent bien, dans le vocabulaire choisi pour s’opposer au gouvernement que, pour l’UMP, la gauche n’est jamais vraiment légitime au pouvoir. Qu’elle est là par accident, par malentendu, ou effraction. L’une des plaies du débat en France réside dans ces axiomes enracinés dans les esprits partisans : pour la gauche, la droite est le camp du mal et du profit, pour la droite, la gauche est le camp de l’irresponsabilité et de l’incapacité à gouverner. Le titre de la tribune de Luc Ferry publiée hier dans le Figaro, je cite « à pseudo ministre, pseudo programme », en est la plus flagrante illustration. Comme si pour Luc Ferry, il était tout simplement impossible que Najat Vallaud-Belkacem fut ministre. Sans doute ne s’est-il même pas rendu compte de la violence intrinsèque du titre de son article. En fait, ces mots : Madame Najat Vallaud-Belkacem, ministre socialiste de l’Education nationale de la France… sont et restent, pour une partie de la droite, trop de mots qui ne devraient pas pouvoir aller ensemble.

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