C’est donc le premier jour de la présidence Macron.

Et Emmanuel Macron a réussi son entrée, il s’est présidentialisé sans coup férir, là où ses 2 prédécesseurs avaient mis tant de temps. « L’ai-je bien descendu ? » pourrait demander ce matin Macron comme Cécile Sorel à Mistinguette. Assurément oui ! Ça fait de lui un beau président, pas encore un bon président. Il a su s’imprégner de la sacralité de la fonction, et (pour l’instant du moins) revêt bien cet habit si particulier, parfois problématique, du monarque républicain. Ça lui sera utile pour faire face à ce dilemme : allier la modernité qu’il veut insuffler à la France et la tradition à laquelle le pays, angoissé, est tant attaché. Tout était bien fait hier, millimétré. Emmanuel Macron a même réussi –pour sa remontée des Champs Elysées- à passer entre les gouttes de cette journée pluvieuse. Simplicité et pompe, solennité et émotion, tout avait l’air naturel au nouveau président ! Quant au discours, il était clair : cette présidence ne marque pas l’arrivée d’une grande force politique au pouvoir, ce n’est pas le jeu de l’alternance ou de la continuité habituel, c’est – veut-il - l’entrée dans une nouvelle ère. Ce n’est pas le ‘changement’ hollandais ni la ‘rupture’ sarkozienne, c’est le temps du ‘renouveau’. Il s’agit de sortir du déclinisme, de renverser la vapeur du pessimisme et de la morosité générale. « Le temps est venu pour la France de se hisser à la hauteur du moment » dit-il. Des mots qui risquent de vite sonner creux sans actes concrets. Il y a, dans la démarche d’Emmanuel Macron, quelque chose de gaullien : il prétend être l’homme, non pas d’une idéologie ni d’un courant de pensée, mais l’homme des circonstances.

Gaullien, carrément ?

Un peu, on risque, c’est vrai, l’anachronisme, le décalage. Mais pour l’instant Emmanuel Macron s’en sort. Il arrive à redonner du lustre à la fonction, une certaine gravité mais avenante, pas plombante… Le choix de son Premier ministre, dans la matinée, certainement de centre droit, va confirmer sa volonté "déflagratoire" concernant les vieux clivages. La période ressemble, en moins dramatique, en moins épique aussi, à 1958, ce moment de recomposition après délitement. Le général de Gaulle se prétendait au-dessus des partis (tout en en créant un !) avec cette phrase, sorte de truisme magnifique dont il était coutumier « la France c’est tout à la fois, ce n’est pas la droite la France, ce n’est pas la gauche la France… ». Emmanuel Macron ne dit pas autre chose, et la REM ressemble aux partis gaullistes du début de la Vème. Un moment transpartisan comme en aiment les Français, sporadiquement, quand il s’agit –comme aujourd’hui- de sortir de l’ornière économique, sociale et morale. Redonner le gout de la conquête, être optimiste, voilà le message délivré par le président Macron. C’est beau, c’est bleu blanc rouge, ça donne de l’entrain, ça fournit de belles émotions, ça renvoie, via le miroir enchanteur de la pompe républicaine bien faite, une image plutôt avantageuse de nous-mêmes (puisqu’il nous représente). C’est sans doute nécessaire pour recréer de la cohésion, ça dit bien comment Emmanuel Macron va présider… mais ça ne dit rien, encore, de la façon dont il va gouverner, c’est à dire concrètement rénover la politique et la France. C’est maintenant que ça commence.

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