L’incessant débat sur les fichés S

C’est incroyable à quel point ceux qui sont chargés d’animer  quotidiennement le débat public, responsables politiques et médias (pas dans leur ensemble tout de même), semblent être dotés de beaucoup moins de sang-froid que la plupart des Français qui, eux, ne modifient en rien (ou presque rien) leur façon de vivre en ces périodes d’attentats. Le débat sur les fichés S ressurgit à chaque fois ! «Encore un fiché S» titrait Le Parisien hier, laissant entendre qu’il s’agissait donc d’un défaut de surveillance, laissant comprendre (le titre au moins) qu’il aurait dû être derrière les barreaux. Ce que disent et réclament explicitement les porte-paroles de LR et du FN, de concert à chaque attentat. Bien sûr, par définition, un attentat, en lui-même, est un échec de la police et des services de renseignement. Mais à partir du moment où nous sommes en guerre déclarée contre l’Etat islamique, en Syrie et en Irak (et que ceci ne fait pas débat à droite) ; à partir du moment où tout le monde est d’accord pour dire que le risque 0 n’existe pas ; à partir du moment où chaque attentat est examiné à la loupe et donne lieu à ce que les militaires appellent un «retour d’expérience» pour mieux prévenir de futures attaques ; à partir du moment où les services de sécurité empêchent chaque mois des attentats… alors, la question des fichés S ne devrait plus se poser. Le fait que l’auteur de l’attentat soit fiché S devrait même rassurer tout le monde. Ça veut dire qu’il était dans la sphère de surveillance des services de renseignement.

Qui n’ont pas réussi à empêcher l’attentat quand même !!

Ils n’ont effectivement pas pu empêcher celui-là… l’attentat d’un homme en métro avec un cutter ! Tout le monde sait (et j’enfonce une porte béante) qu’aucun service de sécurité au monde même celui d’une dictature implacable (et d’ailleurs surtout pas celui d’une dictature implacable) ne pourra empêcher un homme seul de se promener avec un cutter dans le métro, ou même  de conduire sa voiture qu’à tout moment il pourrait diriger vers un groupe de personnes, aveuglément ou pas. L’idée -comme le réclament LR et le FN- de mettre en rétention les quelque 10.000 fichés S pour radicalisation, ou seulement les quelque centaines d’entre eux considérés comme les plus dangereux (dont ne faisait d’ailleurs pas partie l’auteur de l’attentat de samedi) causerait certainement plus de troubles à l’ordre public qu’elle n’en réglerait. L’enfermement sans infractions préalables n’est heureusement et constitutionnellement pas possible. Et même pratiquement, que ferait-on de ces fichés S une fois sortis ? Et d’ailleurs quand et pourquoi sortiraient-ils ? Les jusqu’au-boutistes de LR et du FN proposent-ils de les enfermer à perpétuité ? Mais surtout, les services de renseignement, eux mêmes, disent et répètent qu’ils ont besoin de ce fichage (objet de traçabilité), que grâce à lui des attentats ont été déjoués. Si celui de ce weekend avait été commis par un non fiché S, LR et le FN auraient certainement reproché à la police de ne même pas avoir repéré cet individu. Parce qu’en matière de surenchère sécuritaire,  l’absurde le dispute à la démagogie.

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