Le doute s’installe profondément en Macronie. Les quelques signes avant-coureurs d’une éventuelle évolution du président, ces derniers temps, ne disent rien de révolutionnaire, si ce n’est la fin actée du dogme budgétaire. Les dépenses explosent mais le but politique est toujours aussi nébuleux.

Emmanuel  Macron saura-il –selon son terme- se "réinventer" ? C’est une question qui angoisse une partie de la macronie. Les quelques signes avant-coureurs d’une éventuelle évolution du  président, ces derniers temps, ne disent rien de révolutionnaire si ce n’est la fin actée du dogme budgétaire.

Les dépenses explosent mais le  but politique est toujours aussi nébuleux. Dans ce vide conceptuel, les ministres font le boulot conjoncturel d’urgence, financent l’économie –hier le secteur du tourisme- pour la sauver mais  les décisions structurelles ne sont guidées par aucune ligne sinon celles des fonds de tiroirs de Bercy (dit un député  fâché). 

Exemple, le bonus-malus instauré il y a peu pour lutter contre l’abus des contrats courts est sur le point d’être vidé de sa substance par les ordonnances. 

Autre exemple : l’écologie "ce sera le combat du siècle… 2020, l’année décisive pour  la biodiversité", avait-il dit à Chamonix. 

Mais fin avril, pour rendre hommage aux métiers qui nous ont nourris pendant le confinement,  le président se rend dans une ferme aux 2500 tonnes de tomates hors sol, sous serre ! Aberration écologique.

Et donc des "marcheurs" ruent dans les brancards

Une vingtaine de députés s’apprête (depuis des mois, il est vrai) à créer un groupe (le fameux 9ème groupe) qui ôterait la majorité absolue à La République En Marche. Un groupe qui, en réalité, reflète l’état d’esprit de beaucoup plus de députés parce que le barycentre des marcheurs de l’Assemblée est plus écologiste et social que le gouvernement.

Pour torpiller la dissidence, les gardiens du temple ont fait savoir que l’opération 9ème groupe était imminente, ‘question de jours’, en pleine urgence sanitaire. 

Sans nous attarder sur la petite manœuvre, le  constat est là : la présidence Macron perd beaucoup de son lustre auprès des siens.

Le désarroi vient d’une impression de vide politique persistant, du fossé entre les paroles stratosphériques et les actes technocratiques. Le Président sait, par le verbe, lors de discours ou de  rencontres avec ces fidèles,  convaincre qu’ils  vont changer le monde. Mais l’action quotidienne qui suit est d’une  banalité conventionnelle qui ne lasse pas de les affliger. Comme si,  explique la mort dans l’âme, l’un des futurs ‘marcheurs de côté’,  il manquait un étage indispensable à la macronie.  

Tout en haut, Emmanuel Macron philosophe, conceptualise, tout en bas le gouvernement gère avec un pragmatisme sans âme.

Il manque l’étage  intermédiaire qui relie le tout : celui de la politique, de la lignée historique, de l’épaisseur du peuple. C’est l’étage habité normalement par le parti majoritaire et sa production  idéologique. Là, cet étage est vide et on ne peut pas dire que le  Premier ministre (chef d’une majorité dont il n’a pas la carte) ait fait  quoi que ce soit pour nourrir politiquement le macronisme.  

Il n’en vient pas, gouverne professionnellement pendant que le  président illumine la stratosphère. Finalement, ce qui manque  cruellement à la majorité…  c’est de la politique ! 

Le président promet  de se réinventer. En réalité, il est temps qu’à la faveur de  la crise du coronavirus, il s’invente politiquement … tout simplement…
 

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