Il est à la Une des hebdos ce matin. « Et si c'était moi ?» titre Le Nouvel Observateur. « Bayrou, président ? » s'interroge l'Express. « Bayrou-Sarkozy, les frères ennemis » écrit le Point. François Bayrou est incontestablement le phénomène politique de cette campagne. Mais est-il désormais intouchable ? That is the question ! Jusqu'à aujourd'hui, François Bayrou grimpait dans les sondages; et puis ce matin, petit coup d'arrêt, le premier; un CSA pour le Parisien indique que ses intentions de vote reculeraient de 3 points. Du coup, la question se pose avec encore plus d'acuité : François Bayrou est-il une bulle ? Va-t-il tenir ou s'écrouler se demande-t-on dans les soirées entre amis ? Personne n'en sait rien. Mais chacun a son analyse pour parler du phénomère Bayrou. Selon "d'où on parle" comme on dit, les mots sont différents. Par exemple, chez Nicolas Sarkozy, on affirme que François Bayrou, "c'est un désir de crise" de la part des Français. Ils ont voulu la crise du système en 2002, celle de l'Europe en 2005. Ils réitèrent. Et plus on dira qu'il n'a pas de majorité pour gouverner, plus il montera. Un politologue réputé parle lui de "désir d'inverse" capté par François Bayrou, alors que ce désir d'inverse par rapport aux figures et modèles politiques existant était incarné jusque là par Ségolène Royal. Enfin, une chiraquienne parle, elle, de "vote protestataire Cyrillus", du nom de cette marque de vêtement classique et bc.bg. François Bayrou, c'est la France catho, libérale et terrienne. La prouesse, c'est évidemment qu'il apparaisse comme le candidat anti système. Alors quels sont ses atouts pour avoir réussi une telle percée ? Il est seul, ne promet rien, mais incarne tout ! Ce fut un handicap depuis 2002 d'être le tout petit poucet de l'UMP. Mais désormais quel soulagement ! Pas un éléphant à l'horizon de François Bayrou. Pas de dinosaure, pas d'aîné. Pas de susceptibilité à ménager, pas même de postes à se distribuer, il y en aura trop pour sa petite équipe. Il ne promet rien, rien de révolutionnaire en tout cas. Pas de hausse pas de baisse de l'impôt, on réduit la dette mais on ne sait pas comment, on assouplit les 35H sans les supprimer... c'est pas clivant comme programme ! Mais grâce à tout cela sans doute, François Bayrou réussit le tour de force d'incarner à la fois le désir d'écoute de la société; il n'est qu'à le voir assailli par les habitants en banlieue par exemple qui veulent lui parler; mais il est aussi crédité d'autorité, la fameuse taloche de 2002. Alors, difficile de savoir si le phénomène Bayrou va durer ce que durent les roses ou passer le printemps. En tout cas, l'unanimité de la presse ce matin serait plutôt pour lui un handicap. Car si François Bayrou devient le favori du système, il est cuit ! Au pire, pour se consoler, il pourra toujours se dire qu'il aura évité les humiliations du petit candidat vécues pendant la précédente campagne. En 2002, en déplacement à Mayotte, il avait été reçu par de grandes banderoles "Bienvenue à monsieur notre président... Edouard Balladur". Maintenant, c'est sûr, on ne le confond plus avec personne François Bayrou.

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