Retour sur un psychodrame chez les écologistes alors qu’une question se pose : Eva Joly doit-elle aller jusqu’au bout ?

Et nous sommes à France Inter un peu à l’origine de ce psychodrame. Le service politique avait fait part lundi des doutes de certains responsables écologistes sur la nécessité de continuer l’aventure de la présidentielle, comme on dit dans les bons reality shows. Démenti agacé de l’entourage d’Eva Joly et démonstration d’unité et de ténacité hier soir à Strasbourg. Entre-temps Noël Mamère s’est posé cette question tout haut et il n’est pas le seul quand les micros sont sur « off ». La campagne d’Eva Joly ne décolle pas et la candidate n’y est pas pour grand-chose. L’ancienne juge est une femme courageuse et de conviction. Son accent ne dérange que ceux qui, de toute façon, ont bien peu de chance de voter pour elle. Elle est bien seule à défendre, dans un contexte hostile, la réduction du temps de travail et une Europe vraiment fédérale. Elle est bien seule à baser son programme sur une prévision de croissance très faible. Elle est bien seule d’ailleurs à ne pas faire de la croissance l’unique carburant possible de la sortie de crise. Tout ça n’est pas la mode ! Il y a bien eu des erreurs de campagne, une désastreuse dissonance entre la candidate et l’état-major vert au moment de l’accord législatif avec le PS. Mais globalement Eva Joly apporte aux écologistes une dimension supplémentaire qui devait –pensaient-ils- leur permettre de sortir du cadre strictement environnemental afin de crever le plafond de verre à 3 ou 4% qui semble les bloquer à chaque présidentielle. Ca ne marche pas… La présidentielle, avec son mythe gaullien, plébiscitaire, vous savez, la rencontre entre un homme (ou une femme) avec le peuple, ça suppose de sacrifier à la personnalisation à outrance, d’aller plus loin que le gimmick des petites lunettes rouges. Ca suppose d’accepter qu’une personnalité est au moins aussi importante que ses idées. Cette conception, qui va avec l’idée d’un exécutif fort, d’une centralisation du pouvoir, bref avec l’esprit de la 5eme République, n’est pas vraiment compatible avec les traditions de l’écologie politique.

Et puis le message écologiste semble moins audible en ce moment.

Oui, ça y est maintenant, tout le monde a intégré le problème écologique. Le travail d’éveil, d’alerte, est fait. Celui du passage à l’acte est autrement plus ardu ! Les écologistes apportent des réponses radicales et concrètes qui ne produisent pas, en termes d’annonces, de tremblements de terre médiatiques, au contraire des annonces chocs de Hollande sur le taux d’imposition à 75% ou de Sarkozy sur une éventuelle sortie de Schengen. Sur d’autres sujets, quand Eva Joly dit qu’il faut retirer le mot « race » de la constitution, personne ne le remarque, quand François Hollande reprend cette idée ça crée un débat. C’est d’ailleurs naturel, les propositions faites par un candidat qui peu finir à l’Elysée ont une portée démultipliée. Et puis contrairement à Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen, Eva Joly n’incarne pas véritablement la révolte ou l’exaspération. On ne vote pas spontanément Eva Joly pour pousser un coup de gueule ! Le vote écolo est devenu un vote raisonnable, responsable, rationnel… Seulement voilà, rationnellement, l’électeur soucieux du poids de l’écologie sera plutôt enclin à s’assurer de la victoire de François Hollande pour qu’un groupe vert voit le jour au parlement. Il y a donc, de très bonnes raisons politiques et institutionnelles qui font que, non, décidément cette élection n’est pas praticable pour les écologistes

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