Loi El Kohmri : vraies reculades, fausses concessions ou équilibre ?

Quand le débat se pose en ces termes c’est que l’on a de bonnes chances d’en être à un point d’équilibre. Synthèse molle ou compromis efficace ? Chacun jugera…mais équilibre. Seulement, équilibre à la française. Partout ailleurs on négocie et si ça n’aboutit pas on s’affronte. Chez nous, on s’affronte et comme ça n’aboutit pas, la reculade plus ou moins factice tient lieu de méthode pour arriver à l‘équilibre. Il y a quelque chose d’usant, de si prévisible, si répétitif. Ça commence toujours par le constat d’une nécessité de réforme du système. Le terme « système » recouvrant un ensemble plus ou moins cohérent de normes, de plafonds et planchers, de dérogations, qui, à l’usage sont contre-productifs. On confie alors à un irréprochableRobert Badinter , le soin de proposer des pistes de réformes. Ça fait un rapport qui – le plus souvent- aura opportunément fuité dans la presse, pour observer la réaction provoquée et adapter la mise en scène de sa présentation publique. Puis, le ministre concerné réceptionne le rapport officiellement. Quelques semaines plus tard, après de vagues consultations, après quelques fausses annonces comme autant de ballons d’essais, deux solutions : Soit, l’exécutif trouve que ce n’est pas le moment, des élections approchent, les vacances scolaires sont trop loin pour briser une éventuelle mobilisation des jeunes… alors le rapport rejoint le cimetière encombré des rapports essentiels.

Soit la réforme est effectivement proposée.

Et nous sommes dans ce cas-là. Et cette fois-ci, elle a été présenté "brut de décoffrage", pour complaire à la supposée demande d’autorité du pays. L’annonce fracassante provoque souvent (et ce fut le cas) une levée de bouclier, des manifestations et, finalement : révision du texte. L’opposition de droite dit alors que le gouvernement s’est couché devant la rue irresponsable, la gauche de la gauche, qu’il ne cède, en fait, rien d’essentiel aux méchants patrons. Donc, au lieu d’un vrai compromis, négocié en confiance, rassurant pour tout le monde, on arrive à un texte, certes ‘votable’, mais qui ne crée que de la rancœur et des battus. Mais cette fois ci, en faisant en sorte de rallier la CFDT, la CFTC, la CGC et la FAGE, et en assumant de se passer de l’accord de FO, de la CGT et du MEDEF, François Hollande délimite une sphère politique et syndicale du compromis. Il montre qu’il y a à gauche et à droite, un front du refus, le parti de l’affrontement permanent, du tout ou rien… donc du rien ! Et, entre les deux, une France du réformisme raisonnable et efficace, prête à se faire confiance. Et tant pis, si cette sphère du compromis est assez réduite, sans doute minoritaire, elle est maintenant identifiée clairement. Et face à un Front de Gauche protestataire et une droite qui rédige en ce moment des "programmes d’affrontement au bulldozer", la loi El Kohmri, sert clairement de pré-positionnement économique et politique pour la présidentielle. La mobilisation ou non contre le texte ainsi modifié, sera donc déterminante pour évaluer la capacité ou non de François Hollande à se représenter en 2017.

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