La candidature de François Asselineau est-elle le signe d’un défaut dans le système de parrainages censé filtrer les candidatures farfelues ?

François Asselineau en mars 2017
François Asselineau en mars 2017 © AFP / GEOFFROY VAN DER HASSELT

Non, et l’on peut même dire que le panel de la présidentielle 2017 permet, au fond, à toutes les sensibilités, tous les styles politiques d’être représentés. Seule l’élection présidentielle française propose a ses citoyens un éventail qui va des trotskystes à l’extrême droite, en passant par des candidats disons hétéroclites comme François Asselineau, et peut-être un peu démagos comme Jean Lassale. Asselineau a sa place pendant quelques jours.

Il a de nombreux fidèles qui sont hors du débat public le reste du temps.

Pourquoi son souverainisme total, son idée de Frexit immédiat, ne pourraient pas être exposés ?

Son complotisme intrigue, il peut faire sourire ou inquiéter mais il s’inscrit dans l’ère de la post vérité victimaire qui doit aussi pouvoir se confronter au grand jour, afin, peut-être, de sortir ses adeptes de leur vase-clos et de leur auto-intoxication, de cet état de paria autoproclamé dans lequel ils se complaisent et prospèrent.

La présidentielle c’est fait pour élire un Président ! Jean Lassalle et Jacques Cheminade peuvent se qualifier, le débat risque d’être brouillé, notamment en raison de l’égalité du temps de parole en fin de campagne ?

Et pendant 13 jours (du 10 au 23 avril), on entendra aussi ces voix étranges, ces discours hors des clous, souvent irrationnels. Les grands leaders, les favoris qui dominent le débat depuis des mois (et c’est bien normal), devraient pouvoir supporter cette petite concurrence.

Et De Gaulle dans tout ça ?

Au moment de la révision constitutionnelle de 1962 qui instaura l’élection du président au suffrage universel, de Gaulle n’était pas favorable au parrainage par des élus. Ce n’est qu’à partir de 1976 que fut instaurée la règle des 500 signatures. A l’origine, de Gaulle refusait tout ce qui pouvait renforcer ce qu’il appelait le régime des partis, que d’aucun appellerait aujourd’hui « le système ». Il reprochait même à ceux qui -autour de lui- faisaient la promotion du filtre d’avoir peur du peuple. Alain Peyrefitte, par exemple, aurait souhaité un filtre assez puissant pour faire barrage à ce qu’il appelait des tribuns démagogues du type Boulanger (référence au général Boulanger) ou Maurice Thorez… c’est-à-dire à un communiste, ce qui aurait été, bien sûr, une atteinte grave à la démocratie. Mais le but de la plupart des défenseurs d’un système de parrainage était d’éviter que la présidentielle soit polluée par des « hurluberlus », comme on disait à l’époque.

Valéry Giscard d’Estaing, jeune ministre, expliquait qu’il fallait éviter que des candidats régionalistes puissent se présenter. Ce à quoi de Gaulle avait répondu :

Mais enfin, pourquoi des personnalités locales ne pourraient pas se présenter ? Avez-vous peur du folklore ?

En réalité le Général estimait qu’en dehors de lui-même, largement au-dessus du lot (c’était avant 1965 et sa mise en ballottage surprise par François Mitterrand), tous les autres candidats étaient en figurants d’un plébiscite pour sa personne. Plus il y en avait, plus il asseyait sa position olympienne. Aujourd’hui, pied de nez de l’histoire, le discours d’Asselineau (l’hurluberlu du lot) est –complotisme mis à part- celui qui se rapproche le plus, dans une forme d'anachronisme, du gaullisme originel.

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