Retour sur la petite prise de bec entre Emmanuel Macron et les journalistes en Inde…

Oui, c’était lors d’une conférence de presse, une journaliste de l’émission Quotidien demande au président de définir ce qu’est, pour lui, une visite «privée». Il s’agissait de l’escapade du couple Macron au Taj Mahal, qualifiée, donc, de «visite privée» dans son agenda, alors qu’un pool-image était prévu pour faire des belles photos devant ce monument iconique. On connait l’attachement des Français à la représentation de leur pays à l’étranger. Emmanuel Macron aurait pu répondre simplement qu’il ne voulait faire aucune déclaration pendant cette partie de la visite, puisqu’il ne devait y rencontrer aucun officiel, mais qu’il voulait quand même que soit rendu compte, par l’image,  de l’intérêt qu’il porte au patrimoine indien. Au lieu de cela, il a renvoyé la journaliste dans ses cordes, comme si la presse ne s’intéressait qu’au superficiel. 

Emmanuel Macron se préoccupe-t-il plus de son image que les autres présidents ?

Oui… il sait que sa jeunesse, son couple, peuvent être des atouts. Mais cette façon de vouloir tout contrôler place bien souvent les journalistes en supplétifs de sa communication. Or, le journalisme politique consiste aussi à ôter le papier peint de la communication. Il est normal que le président fasse tout pour apparaître sous son meilleur jour mais il y a des limites parfois dépassées : les fausses photos volées, les mises en scène trop contraignantes ou "excluantes" pour les autres participants aux événements. Ainsi, JL Borloo, pourtant très macrono-compatible, avait été estomaqué quand il a visité avec le Président l’usine Toyota à Valenciennes, la ville dont il a longtemps été le maire. C’était à l’occasion de l’annonce par la firme d’importants investissements et  de nouveaux emplois… L’Elysée avait fait reléguer derrière des barrières l’ambassadeur du Japon, le maire actuel, JL Borloo et tous les invités ! Seul, pour l’image, Emmanuel Macron déambulait dans les ateliers avec le patron et les ouvriers. Ce n’est pas le fait que l’image soit à ce point étudiée, pour ne pas dire fabriquée, que la spontanéité soit à ce point organisée, qui pose problème, mais plutôt que dans le même temps, le président ne puisse que très rarement être questionné, en longueur, sur le fond, sur ses projets, sur les éventuelles ambiguïtés de son action. Il est assez paradoxal de reprocher aux journalistes d’être superficiels quand ceux-ci ne peuvent quasiment jamais poser de questions de fond –et publiquement- au président, toujours protégé par un monologue sécurisé. Pour le fond, le président s’en sort par de brefs échanges sur le vif avec des passants ou des manifestants, comme hier avec une retraitée. Ça donne l’image d’un dialogue, c’est une prise de risque, c’est vrai, mais les arguments des deux côtés sont forcément expéditifs et donc superficiels. Il y a plusieurs façons de s’en prendre à la presse (sport très prisé en ce moment). Frontale, on connait l’agressivité calculée du trio de flingueurs de journalistes Le Pen-Wauqiez-Mélenchon… Ou de biais, plus subtile mais pas moins problématique : la réduire à la fonction de passeuse d’images pieuses ou glamoures. 

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