C'est la photo du jour : Le retour de Jacques Chirac dans la vie politique. Ce matin, il fait officiellement son entrée au Conseil Constitutionnel. Pour examiner le recours du PS contre 2 articles de la loi Hortefeux sur l'immigration notamment les tests ADN. Chirac is back. Il est de retour. Non pas qu'il nous ait vraiment manqué, emportés que nous étions par le flot de paroles et d'images sarkozienne, occupés que nous étions à dévorer chaque semaine des couvertures de magazines comme autant d'affiche post électorale du nouveau chef d'état, fascinés que nous étions à observer la rupture, absorbés que nous étions à lancer des avis de recherche sur l'opposition en rade, la candidate malheureuse du second tour ou ce béarnais têtu qui semblait, lui aussi, cadenassé dans son deuil. Jacques Chirac n'avait pas, lui non plus, l'air flambard. Le menton affaissé et le pas trainant sur un trottoir de Biarritz, portant son mortel ennui en bandoulière, de cet ennui qui tue plus sûrement nos animaux politiques que toutes les batailles perdues, toutes les trahisons, tous les mensonges. Bref, il avait presque disparu de nos tableaux de bord : une petite photo par ci, une confidence de ses proches par là. Mais il ressurgit ce matin. Et de quelle manière ! A la table du cénacle le plus prestigieux de France, le plus mutique aussi : le Conseil Constitutionnel. Il en est membre de droit, en tant qu'ancien chef d'état, et il retrouvera son meilleur ennemi : Valery Giscard d'Estaing. Giscard/Chirac. Chacun s'est forgé grâce à l'autre. Inextricablement liés. Mais le temps a fait son oeuvre, apaisant certainement les fureurs. Et si le premier acheva son destin à l'âge où le second commencait à peine à l'entrevoir, aujourd'hui, ils se retrouvent, à statut égal, pour dire le droit. Sur un sujet oh combien symbolique. Les statistiques ethniques et surtout ces tests ADN qui réveillent, qu'on le veuille ou pas, une mémoire honteuse. Ce petit article 13 qui ne porte pas forcément chance à son auteur, le député UMP Thierry Mariani. Ces quelques phrases qui ont suscité, et c'est assez rare, la réprobation générale, religieuse, civile, artistique et en grande partie politique. Et on aura beau nous expliquer que ça n'est qu'une mesure technique, ne concernant que très peu de gens, déjà appliqués dans des pays si modernes. Ah, l'argument de la modernité ! On aura beau atténuer ou vider, cet article là restera toujours comme une griffure sur un meuble laqué. Personne officiellement ne sait ce que Jacques Chirac dira. Personne officiellement ne sait ce qu'il en dit d'ailleurs, à ses amis. Mais tout dans son itinéraire démontre que l'ancien chef d'état ne peut pas donner quitus. Si Jacques Chirac n'a jamais brillé humainement dans son comportement pour accéder au pouvoir et l'exercer, s'il a pratiqué, comme les autres d'ailleurs, le cynisme, la trahison, les petits meutres entre amis et le mensonge, qui est à nos hommes et femmes politiques ce que le parmesan est aux pâtes italiennes, un tandem naturel. S'il a été un homme politique somme toute bien ordinaire, il a toujours su réveiller le meilleur de lui même pour préserver les valeurs de la République. La reconnaissance de la responsabilité de l'état francais dans la rafle du Vel d'Hiv, l'intervention télévisée très solennelle, lors des régionales de 98, contre les alliances entre la droite et le Front National, sa détestation de l'extrême droite, sa position très ferme sur la laïcité. A chaque fois, Jacques Chirac a été à la hauteur de sa fonction de chef d'état. Comment imaginer alors, avec un tel itinéraire personnel, comment imaginer qu'il puisse admettre que cet article oh combien symbolique, oh combien porteur de division, fasse désormais partie de l'arsenal législatif français. Mais comment argumenter, rendre l'avis du Sage qu'il est désormais, sans prêter le flanc aux accusations d'anti sarkozysme que l'Elysée commence déjà à distiller. Jacques l'Ancien face à Nicolas le Jeune, la partie continue. Une chronique de Françoise Degois .

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