La fraude sociale est le nouveau cheval de bataille de Nicolas Sarkozy. Il se rend aujourd’hui à Bordeaux pour aborder ce sujet.

Oui la fraude sociale, voilà un beau sujet comme on les aime, si prévisible, qui déclenche, non pas des arguments, mais des réflexes. C’est un sujet que la droite utilise quand elle décide de rassembler son camp. Un thème facteur de grégarité. Les vieilles troupes se ressoudent en affirmant que certains chômeurs, certains étrangers, certains bénéficiaires du RMI fraudent et abusent. Et là, c’est le bonheur, l’extase à droite et c’est l’effroi, la syncope à gauche. Les Pavlov de chaque camp se réveillent et tel des coucous mécaniques d’une fiabilité parfaite, chacun va, répétant ce que vous avez tous déjà entendu ou même prononcé à la cantine, à un repas de famille, devant la machine à café. Pour bien comprendre, imaginons une petite conversation entre un député de droite et un député de gauche à la buvette de l’Assemblée… Alors Philippe Lefébure, vous allez faire le député UMP… et Pascale Clark, la députée de gauche (j’ai tiré au sort)… :

P. Lefébure : « La fraude sociale, quel scandale ! Personne n’ose en parler mais ça nous coûte 15 milliards par an. Je connais plusieurs chômeurs qui ne cherchent pas d’emploi, des médecins qui distribuent des arrêts maladies pour garder leurs patients ! Et combien d’étrangers font de fausses déclarations pour toucher l’APL ? »

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P. Clark :« Vous feriez mieux de vous attaquer à la fraude fiscale des grands patrons qui ruine l’économie plutôt que de cibler toujours les pauvres et les étrangers… Si les profs sont en arrêt maladie c’est qu’ils sont déprimés avec les baisses d’effectifs… Vous faites le jeu du Front National ! »

Vous avez reconnu tous ces arguments, ils ne sont pas faux, ni vrais non plus… Tout est une question de proportion et de priorité. La droite sur-utilise ce thème et la gauche verse régulièrement dans l’excuse et l’explication par contexte pour le minimiser…Ce thème, comme tous ceux qui touchent à la sécurité et à l’immigration est un thème identitaire pour chaque camp. Autant dire piégé.

Sa mise en avant aujourd’hui est un acte de campagne pour Nicolas Sarkozy ?

Bien sûr ! Il y a bien un rapport parlementaire qui vient de révéler quelques chiffres et proposer des pistes. Il aurait suffit de les traduire en projet de loi et de les soumettre à débats. Mais non, le président revient à ses pratiques favorites : l’annonce tonitruante… Ce genre de sujets, il faut évidemment les traiter mais on ne voit pas en quoi un déplacement présidentiel peut apporter un début de solution. C’est la différence entre aborder un sujet et le régler. Exactement comme pour les paradis fiscaux. Le président avait eu le mérite de mettre ce sujet sur la table du G20 en 2009 et du coup il s’était autorisé à dire, contre toute évidence : « les paradis fiscaux, c’est fini !». On en revient toujours à ce que les linguistes appellent la « parole performative », la parole c’est l’action ! Cette méthode qui consiste à signifier qu’on règle un problème parce qu’on le met à son agenda politique était un classique pour le thème de la sécurité. Ça ne marche plus pour cette question parce que la gauche est enfin sortie de son discours réflexe et que chacun constate que le problème, maintes fois abordé, n’est pas réglé pour autant. Il faudra voir s’il en va de même avec la question de la fraude sociale et si la gauche tombe dans le panneau. Parce qu’en plus d’être un sujet béni pour la droite, c’est aussi un vrai problème de société et de finances publiques que la majorité n’a pas réglé depuis dix ans.

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