Nous étions en crise économique, nous sommes maintenant en crise politique…

Oui parce qu’aujourd’hui, face à l’absence de résultats (chômage et croissance), le constat d’impuissance du président est patent (pour l’instant du moins). Et face à ce constat, les sacrifices demandés (notamment fiscaux) ne sont plus perçus comme utiles et donc sont ressentis comme injustes. D’où cette déferlante de récriminations, de revendications et parfois de révoltes. Tout semble du même niveau : les infirmières, les sages femmes, les routiers, les auto-écoles, les centres équestres, les policiers, les restaurateurs… Chacun a de bonnes ou de moins bonnes raisons d’être dans la rue ! Il y a les vrais drames, additions de drames personnels que représentent les plans sociaux, les artisans qui mettent la clef sous la porte, les pêcheurs qui n’ont plus de débouchés s’agrègent à d’autres mécontentements, beaucoup moins essentiels mais vécus et exprimés comme des psychodrames. Il en est ainsi des désagréments que peuvent causer les nouveaux rythmes scolaires. Plus irrationnels, les frustrations des anti-mariage gay, qui ne désarment pas. L’impression que donne le paysage social est celle d’un pays exaspéré, en crise de nerf. Le plus frappant, le plus inquiétant, c’est que ces colères variées débordent des canaux habituels, des canaux faits pour ça… C'est-à-dire des corps intermédiaires, des syndicats, des partis politiques. Quant à François Hollande, il est à un niveau de popularité qui ne lui permet même plus de s’exprimer sans risquer d’envenimer la situation…

On dit qu’il n’y aura pas de remaniement dans l’immédiat, pas de dissolution bien sûr… Il va quand même falloir qu’il se passe quelque chose !

Eh bien non. Il risque de ne rien se passer… parce que François Hollande croit aux cycles. Il s’agit d’un orage qu’il faut affronter. Et plus il l’affronte dans le calme, plus il en sortira solide. C’est l’analyse de Élysée. Ce que certains, à droite, décrivent comme une situation pré-insurrectionnelle n’est en réalité qu’une manifestation généralisée de colère dans le brouillard. Rien de coagulable, pas de logique d’ensemble entre des Bretons déjà contradictoires entre eux, des familles anti-nouveaux rythmes scolaires, des policiers ou des transporteurs. Le noyau dur autour du président estime désormais qu’il ne faut plus céder. Sur la TVA ou sur les rythmes scolaires. Il faut laisser passer les élections, les perdre sans doute, et ne remanier qu’après l‘expression populaire dans les urnes qui est le seul message lisible. La seule façon de coaliser tous ces mécontentements contradictoires serait (pour ceux qui en seraient tentés) de ne rester que dans la protestation. C'est-à-dire d’éviter de se confronter aux contradictions. Seule l’extrême droite peut se le permettre. Or, l’extrême droite se heurterait très vite au réflexe républicain, encore puissant dans notre pays comme le démontre la salutaire réaction générale à la poussé des expressions racistes. Le remaniement ministériel après les élections, le silence solide avant, voilà le scénario de la vie rêvée des "hollandais". C’est le pari de la roue qui tourne et de la non coagulation des colères. Il n’est pas absurde mais pour qu’il puisse être gagnant il faut deux conditions annexes : le renversement de la courbe du chômage dans les prochains mois, que l’on puisse dire : « cette crise n’était pas vaine »… Et l’assurance que l’impopularité profonde du Président n’est liée qu’à sa politique, son absence de résultats et non pas à sa personne et à sa façon de nous représenter : ces deux conditions sont encore bien aléatoires.

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