Chaque candidat de gauche pour 2017 voit dans la victoire de Donald Trump matière à justifier sa stratégie

Oui, à gauche, personne ne se réjouit de ce résultat mais tout le monde, et c’est bien naturel, essaie d’en tirer des leçons politiques en se présentant comme le meilleur rempart à la trumpisation française. Chacun donc s’attache à tenir un discours pour renouer avec le peuple exaspéré et inquiet. Manuel Valls, d’abord, dès le résultat connu, a estimé que le peuple exprimait une interrogation sur le retour des frontières et l’autorité, une angoisse quant à l’immigration. Il n’entend pas y répondre avec les arguments de Trump mais explique que ces sujets sont à traiter en priorité par les responsables politiques sous peine de se faire emporter par le vent populiste qui balaie la planète en ce moment. La difficulté de cette position c’est… comment répondre sans aller dans le sens (moins loin mais dans le sens) des démagogues qui décrivent un occident au bord de l’invasion sans valider leur thèses ? Arnaud Montebourg, lui fait la même analyse que Manuel Valls mais sur l’économie et la mondialisation. Il faut répondre, moins loin, moins fort et avec des arguments rationnels, à la dérive de la mondialisation. Montebourg a pour lui d’avoir déjà fait campagne, en 2011, lors de la primaire socialiste sur le thème de la démondialisation.

Même E.Macron arrive à trouver dans la victoire de Donald D.Trump de quoi justifier sa démarche !

Oui, pour l’ancien ministre de l’Economie, qui prend, sur quasiment tous les sujets, l’exact contre-pied de Donald Trump, c’est le côté « il faut renverser la table et la classe politique établie » qui est mis en avant. Et puis il y a Jean-Luc Mélenchon. Lui parle, presqu’avec admiration, d’ancrage populaire de Donald Trump. Il n’en approuve pas le contenu mais ne peut cacher, sur son blog, une certaine jubilation à voir le centre gauche américain pulvérisé… Tant pis si cet ancrage, dit populaire, puise ses racines dans ce qu’il y a plus réactionnaire. Tant pis aussi si maintenant que le vote Trump est détaillé, on sait qu’il est numériquement inférieur à celui de Clinton et surtout qu’il est majoritaire chez les plus riches et minoritaire chez les plus pauvres. Mais là où JL Mélenchon est plus cohérent, c’est dans sa dénonciation du sort réservé par le Parti Démocrate à Bernie Sanders pendant la primaire. Le socialiste (qui serait social-démocrate selon les critères européens) proposait, avec un succès inattendu, un autre ancrage populaire, ouvert, social et humaniste. On peut effectivement pointer la responsabilité du parti démocrate, oublieux des victimes de la mondialisation, dans le fait de n’avoir pas été équitable (loin de là) avec Bernie Sanders. Au fond, ce que la victoire de Trump peut dire de positif (en cherchant bien !) pour la gauche, c’est qu’il y a de la place pour un discours de remise en cause de la mondialisation libérale (version Montebourg ou Mélenchon) ou pour tenter d’inventer une mondialisation régulée et heureuse (les écologistes ou E.Macron, chacun dans leur genre). L’effet Trump peut redonner de la vigueur au débat politique… Pourvu qu’on ne tente pas de le singer mais qu’on essaie de bien lire ce qu’il dit de l’état de nos sociétés.

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