Le discours d’Emmanuel Macron hier à Tourcoing sur le thème de la ville et de la banlieue.

C’était un propos très attendu 6 mois après une campagne au cours de laquelle le sujet banlieues-quartiers pauvres avait été souvent abordé par le candidat Macron. Et puis plus rien pendant 6 mois ! Des messages plutôt inquiétants pour les élus de ces quartiers qui se demandaient comment ils allaient financer le RSA et ce tissu associatif qui sauvent tous les jours ce qui reste de cohésion. Le discours à dominante libérale, sur la prise en main individuelle, et la nécessaire fluidité des parcours, l’accent mis sur une fiscalité dite « pour les riches » sans un mot sur les banlieues, inquiétait cette partie de la France qui se sent discriminée. Les élus se sentaient démunis et les travailleurs sociaux plus seuls que jamais. Le discours d’hier ne règle rien encore (ce n’est qu’un discours) mais, au moins, il affirme une idée de base : les villes pauvres, la Seine-Saint-Denis, la banlieue, les cités, que l’on regroupe souvent sous le terme «quartiers à problèmes», sont en fait aux yeux du président, des « quartiers à perspectives », des quartiers plus jeunes donc, potentiellement plus dynamiques. On est à l’opposé de la stigmatisation courante, de quartiers hors de la république ou l’on deale et brûle les voitures au lieu de se « lever tôt » pour aller travailler. La nouveauté conceptuelle introduite par le discours d’hier, au-delà de toutes les recettes éprouvées, et resservies, c’est de valoriser les réussites individuelles, de sortir d’un discours victimaire sur l’inégalité et de passer à un discours tourné vers les opportunités. L’Etat doit s’occuper directement des cas les plus lourds, des familles monoparentales, des infrastructures mais mise sur l’initiative libérée pour les autres. C’est encore très théorique et ne pourra être efficace que si enfin on arrive à lutter vraiment contre la discrimination.

Le Président a aussi reconnu la responsabilité de la République dans l’état de ces quartiers.

Oui, notamment s’agissant de la radicalisation, il sacrifie au « pas d’amalgame » de rigueur : « je ne confondrai jamais les quelques milliers de radicalisés et les millions d’habitants des quartiers populaires » dit-il avant d’admettre, en effet, que la République ne peut pas être une référence si elle-même déserte ces territoires. Cette vision et un retournement vis-à-vis du discours ambiant, selon lequel c’était plutôt la population des quartiers qui s’était mise d’elle-même hors de la république. Depuis quelques semaines, la droite remet ce discours en avant, par la voix de Laurent Wauquiez qui dépeint Emmanuel Macron en président des métropoles, des centres de grandes villes qui vont bien et des banlieues arrosées de crédits sans fin, alors qu’elles seraient gangrénées par le communautarisme et perverties par ce qu’il appelle l’assistanat. Le discours d’hier va donner du grain à moudre à la droite qui veut, pour reprendre le leadership de l’opposition à le France insoumise, creuser un clivage entre la macronie des villes et la wauquierie des champs. Ceux qui attendaient des nouvelles de la jambe gauche avec laquelle Emmanuel Macron allait se mettre En Marche peuvent désormais apercevoir, avec le discours d’hier, un bout d’orteil…un petit bout d’orteil disons, social-libéral !

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