L’argument "Vous devez accepter des sacrifices pour sauver la planète" est inaudible par une grande partie de la population, la plus en difficulté ou la plus isolée.

Transition écologique : le gouvernement peine à convaincre
Transition écologique : le gouvernement peine à convaincre © Getty / Dado Daniela

Et ça le restera tant qu’un sentiment d’injustice persistera et qu’il restera un doute sur la réelle sincérité de l’exécutif à vouloir une vraie transition. Pour ce qui est de ce dernier aspect, le Président de la République a du retard. Et il ne l’a pas comblé hier soir. En direct d’un porte-avion, ce n’était sans doute pas le bon endroit... Non seulement, il ne s’est pas fait élire sur ce thème mais son discours entrepreneurial a toujours eu des accents "croissancistes" à l’ancienne. Il change un peu, c’est vrai. Est-ce parce qu’il doit mettre du contenu dans son progressisme affiché ? Ou parce que président, il a maintenant une vision plus globale de la situation et prend conscience de l’urgence écologique ? Son discours actuel ne permet pas encore de répondre à cette interrogation.

L’autre raison de l’incompréhension, c’est donc le sentiment d’injustice. 

Ce sentiment a deux aspects. Le premier est économique, le second territorial. L’injustice économique est réelle et mécanique. Le poids des taxes sur les prix, celles des carburants en particulier, pèsent plus sur les petits revenus. Et l’injonction contradictoire d’accepter plus de mobilité et de circuler plus propre est vécue, comme un "foutage de gueule". Les compensations proposées par le gouvernement seront jugées insuffisantes. Elles ont cependant leurs cohérences puisqu’elles sont conséquentes sans rien céder au renchérissement du carbone nécessaire à la transition. 

L’autre pan du sentiment d’injustice est territorial. Les populations rurales ou périurbaines ont le sentiment que les citadins s’en sortent bien. Ils bénéficient de transports en commun. Et de plus, les décisionnaires, les ministres et hauts fonctionnaires chargés (au pire) de faire entrer de l’argent dans les caisses, (au mieux) de mettre en œuvre la transition énergétique, seraient tous des citadins forcément déconnectés. Ce sentiment d’injustice territorial est alimenté par les élus d’opposition de tous bords. Ce sont des arguments faux et pernicieux. 

Il y a (pour ne parler que de la région parisienne) plus de 4 millions de personne qui paient leur logement très cher et s’entassent dans des transports en commun chaque jour. Ils y perdent des heures pour faire quelques kilomètres, souvent debout. Ces transports sont loin d’être gratuits. Ceux qui prennent leur voiture voient (c’est normal et nécessaire mais dur à vivre) voient leur possibilité de circuler et de se garer de plus en plus réduites. Le coût du carburant est encore plus cher pour eux puisqu’ils le brûlent en embouteillages. Ceux qui utilisent l’argument poujadiste opposant victimes rurales ou périurbaines aux profiteurs citadins, connaissent la rentabilité électorale de leurs propos. Mais elle se paie très cher en cohésion nationale. 

Pour résumer, la transition indispensable ne sera pas acceptée sans une politique d’égalité (ça c’est l’affaire de la majorité), elle ne sera pas acceptée non plus, tant qu’on opposera les Français des villes aux Français des champs (ça c’est l’affaire de l’opposition).

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