Consensus français sur l’Hôpital public...

Ça parait étrange de dire ça maintenant et pourtant ! Le principe de la gratuité, de l’égalité de l’accès aux soins, le système de solidarité, c’est le cœur de la république sociale, telle que prétend être la France depuis la Libération et l’application du programme du Conseil National de la Résistance, qui inspire toujours, officiellement, les majorités successives depuis 1945. La santé, c’est le service public par excellence. Nous nous écharpons sur son financement, s’agissant de l’hôpital, sur son organisation, sa gouvernance. Nos débats sur l’intendance, même acharnés, se déroulent (s’agissant de la santé) avec un objectif commun : sauver l’hôpital public. Dans bien d’autres pays (Etats-Unis par exemple), le débat fracture la société puisque c’est la conception, la nature même du système de santé qui est en cause. Chez nous, l’insulte suprême à ce sujet c’est ‘vous voulez casser notre modèle’... et chacun de prétendre avoir le meilleur remède pour le sauver. 

En quoi la politique de santé publique est-elle le cœur du modèle français ?

Parce qu’elle fait partie de l’identité républicaine. La République, c’est l’idée que le pays est une communauté, la seule reconnue. En dessous d’elle, il n’y a aucun groupe, aucune communauté ayant des droits et des devoirs en tant que tels. Seuls les individus, les citoyens en ont. Dès lors, l’Etat est protecteur de chaque individu... et la 1ère protection, c’est bien sûr la santé. Alors, que faut-il rembourser, que faut-il financer ? Ces questions laissent un champ immense au débat. Et celui-ci se pose, à nouveau, à chaque fois que l’organisation et le mode de financement ne permettent plus au système de tenir ses promesses. Nous en sommes là aujourd’hui. Une phrase du philosophe Paul Ricoeur résume bien l’esprit du modèle français. C’est une phrase postérieure à l’établissement, en 1945, de la Sécurité Sociale et du principe de la gratuité des soins, mais elle pose quand même bien à la fois le principe et sa contradiction qui font que notre système est vertueux et en même temps compliqué à pérenniser... la voici : ‘la souffrance est privée mais la santé est publique’. Dans le domaine de la santé, chaque individu est face à un médecin dans un rapport personnel pour traiter sa souffrance mais il est pris en charge par l’institution hospitalière (donc par la société) s’agissant de sa santé. Un autre philosophe, Fréderic Worms, commentant la phrase de Ricoeur, explique que la souffrance est une expérience subjective et personnelle alors que la santé est un concept objectif et social. Ce système, cette philosophie appliquée, a donné des résultats extraordinaires pour le bien-être et l’espérance de vie ces dernières décennies. Emmanuel Macron doit pouvoir méditer la phrase qu’il connaît sans doute, puisqu’elle est de son philosophe préféré : par les temps qui courent, où l’on parle de fracture, de ‘morcellisation’ de la société, quand tous les débats sont polarisés, il n’est pas inutile de souligner un consensus sur un principe essentiel. C’est le cas sur la santé. Reste le plus dur : trouver les voies pour rendre ce principe à nouveau effectif.

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