La crise financière a-t-elle fait naître l’Europe politique ? Beaucoup le disent ces derniers temps. C'était par exemple le cas, hier, pendant le débat parlementaire et pourtant on peut soutenir exactement le contraire ! On peut très bien dire que ce qui s’est passé ces derniers jours marque le triomphe de l’Europe des nations. Et l’Europe des nations ou des Etats ne veut pas forcément dire l’Europe des égoïsmes nationaux. En l’occurrence, ce sont 3 pays, au premier chef, qui ont œuvré de concert par le biais de leur chef d’Etat ou de gouvernement. Angela Merkel, Gordon Brown et Nicolas Sarkozy ont agi en représentant de leurs Etats respectifs ayant bien compris qu’une réponse commune (mais pas unique) serait plus efficace pour chacun d’entre eux. Le fait que l’un de ces Etats ait été justement en charge de la présidence de l’Union a facilité les choses mais la réussite de l’entreprise n’est pas due à l’Europe et ses institutions, elle est due au pragmatisme réuni des dirigeants des 3 nations plus l’Italie et l’Espagne. Ce premier noyau devrait être suivi par les 1O autres pays de l’eurogroupe ainsi que par les 6 autres pays de l’union qui n’ont pas adopté l’Euro. Donc, au total, par les 27 si tout va bien. L’Europe politique, l’Europe dite intégrée n’existe pas plus après cette crise qu’avant. En revanche, preuve est faite de l’efficacité des nations dans un cadre de solidarité européenne en cas de crise. Ce plan est donc à mettre au crédit des dirigeants politiques des grands pays européens. Heureusement que c’est Gordon Brown, le plus libéral, qui a eu l’idée d’un plan des plus interventionnistes parce que théoriquement, c’est un plan que l’Angleterre ne pouvait pas accepter d’un Français. Heureusement que c’était la France, un pays central et pivot, qui présidait l’Union. Nicolas Sarkozy excelle, il l’a prouvé, dans l’organisation de négociations marathon en temps de crise et dans le montage de compromis inédits. Et heureusement, Angela Merkel, qui représente la plus puissante économie du continent, a su changer d’avis et débloquer la situation. Les chefs d’Etat des principaux pays ont eu le caractère requis, ce qui n’était pas évident au départ et ce qui n’était pas le cas aux Etats-Unis, où la défaillance du Président Bush s’est, une nouvelle fois, manifestée. C’est un succès de l’Europe des nations sur l’Europe politique. Tout cela aurait-il été possible si la constitution européenne avait été adoptée en 2005 ? On ne peut pas savoir. Les Nations auraient peut-être quand même repris le dessus. En revanche, ce qui est sûr, c’est que ça l’a été sans la constitution. En réalité, la situation actuelle permet une souplesse qui, bien utilisée, s’est avérée efficace. Par exemple, en principe, les Etats n’ont pas le droit de dialoguer avec la Banque centrale. Ces derniers jours, cette règle a heureusement volé en éclat. Une autre règle a tout simplement disparu sans coup férir, celle de la limitation des déficits et des endettements. Seules des nations peuvent, de concert, décider aussi rapidement, pour elles, de s’affranchir d’une certaine rigueur budgétaire. Car il faut bien que ceux qui prennent ces décisions graves soient responsables devant leur population. L’ironie de l’histoire fait que Nicolas Sarkozy, qui était un fervent défenseur du OUI lors du référendum sur la constitution européenne, avait, en bon volontariste, un argument principal : « il faut remettre le politique au cœur des institutions européennes. » Il vient de démontrer, lui-même et par un activisme énergique, que le politique pouvait prévaloir dans une Europe des nations de façon tout à fait efficace !

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