Avec Nicolas Sarkozy nous avons un cas d’école. Nous arrivons à la limite d’une pratique politique, jusqu’ici assez efficace, qui a permis au Président de devenir président mais qui aujourd’hui apparaît comme un handicap : le style de son discours et son rapport à la réalité. Mardi, Nicolas Sarkozy a donc fait l’éloge de la méritocratie républicaine basée sur le travail, les études et non plus sur la naissance. Jamais, depuis son élection la distorsion entre le discours et la réalité (cf l’affaire Jean Sarkozy, bien sûr) n’était apparue aussi éclatante en si peu de temps. Alors a t-on à faire au comble du cynisme politique ? Ou bien Nicolas Sarkozy ne maitrise t-il plus tout à fait les codes courants du discours politique ? Il ne faut pas sous-estimer la deuxième hypothèse. Si l’on relit le passage sur la méritocratie, il est d’une grande banalité. Le moindre sous-préfet qui inaugure un lycée prononce ces phrases que l’on dirait tirées du Dujaric et Dauriac, le manuel du discours type pour toutes les situations qui permettaient, autrefois d’inaugurer les chrysanthèmes avec un semblant d’éloquence. Nicolas Sarkozy a dû se rendre compte de l’énormité de ce qu’il disait seulement au moment où il l’a dit. On dirait que, pour lui le discours et les actes n’ont pas besoin d’être forcement liés, comme si le discours, était un acte politique, en lui-même. C’est d’ailleurs largement le cas quand on est dans l’opposition on appelle ça le ministère du verbe. Quand on est aux affaires ça devient le discours performatif. Performatif ?!Un propos performatif c’est une parole qui se confond avec l’action. Appliqué à la politique ça donne ceci : si un président dit « je nomme untel à la tête de telle direction » le dire c’est le faire. Les paroles, en elles-mêmes, sont souvent des actes politiques. En revanche tout le monde comprend que quand il dit « je veux que le chômage baisse », là le dire ce n’est pas le faire. Entre ces deux exemples opposés il y a tout le champ du discours politique plus ou moins performatif, le tout est de savoir en juger. Par exemple quand Nicolas Sarkozy a dit, au début de son quinquennat que toutes les classes de CM2 allaient adopter la mémoire d’un enfant mort en déportation, ça avait l’apparence d’un propos performatif, le président le pensait. Ça n’a pas pu se faire pour des raisons symboliques. Et les exemples de paroles qui ne correspondent finalement pas à des faits sont légion depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy à l’Elysée. Ce n’est pas simplement une question de promesses inconsidérées ou mensongères. Quand on est au pouvoir c’est par son autorité naturelle (ou par la coercition) que l’on accroit la part performative de son discours. Par exemple quand en 58 le Général de Gaulle dit à Alger « je vous ai compris » il ne dit rien de précis, mais sa seule autorité fait que cette phrase a changé le cours de l’histoire. Sa phrase énigmatique était, en elle même un acte politique très fort. Le problème de Nicolas Sarkozy c’est que moins il a de prise sur les événements, plus il affirme, plus il est volontariste ou péremptoire. Il a pu, par exemple affirmer ceci: "les paradis fiscaux, c’est fini " ! Il surrestime le pouvoir de son verbe ! L’insécurité progresse, on ne change pas de politique, on convoque les préfets pour les sermonner. Leur faire un discours… Quand à Gandrange le Président dit aux ouvriers, je reviendrai. Sur le moment il change la donne politique par ses mots. Mais il ne revient pas. Nicolas Sarkozy dit souvent à son entourage que les français veulent qu’il mouille sa chemise. C’est sans doute en partie vrai et ça passe par un discours qui montre qu’il ne se résigne pas ! Mais il y a un moment ou la trop grande différence entre le discours et les résultats saute aux yeux. Le président devrait méditer cette maxime toute simple, d’un grand philosophe normand du vingtième siècle. Citation tirée de sa célèbre conférence sur l’eau ferrugineuse. « Le dire c’est bien mais le fer c’est mieux ».

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.