Vous avez changé d’avis sur le duel Fillon/Copé en vue de la présidence de l’UMP…

Oui dans un précédent édito, il y a quelques semaines, je faisais l’analyse que ce duel n’était qu’une compétition de personnes… que l’UMP était un grand parti conservateur à l’idéologie assez nébuleuse pour englober toutes les nuances de la droite et que sa tradition néogaulliste pousserait à sélectionner celui qui a le plus d’autorité rassembleuse. Foin de débat idéologique, suivons le panache le plus blanc. De plus, un débat sur les orientations politiques, si près de la défaite de mai dernier, aurait certainement été pris pour un inventaire trop contrasté de l’action de Nicolas Sarkozy. C’était trop tôt. Il y a quelques semaines, à la question : qui est le plus à droite de vous deux ? Jean-François Copé et François Fillon auraient refusé de répondre… aujourd’hui, Copé dit, sur LCP, qu’il est plus à droite que l’ancien Premier ministre. Et même si Fillon lui répond dans Le Figaro : « je suis plus à droite qu’on ne le croit », il y a finalement quand même une forme de débat. Des positions différentes affichées… Plus que prévu ! François Fillon est très sévère avec le gouvernement sur le budget et la politique économique. Il concentre ses attaques et ses analyses sur la façon de répondre à la crise.

Alors que Jean-François Copé, lui, évoque plus volontiers les questions de sociétés et semble se radicaliser…

Oui, et ça entraîne une vraie différence entre les candidats. L’épisode du « pain au chocolat » répondait à cette volonté d’orienter le débat public vers ce qu’un proche de Copé appelle du « protectionnisme identitaire ». C’est la stratégie de la droitisation qui se poursuit. Le gourou Patrick Buisson sévit toujours dans la coulisse ; celui que Nathalie Kosciusko-Morizet avait accusé de vouloir faire gagner Maurras plutôt que Sarkozy est maintenant le Jiminy Cricket brun de Jean-François Copé. La dernière transgression droitière inspirée par Buisson est formulée par Geoffroy Didier, co-fondateur de la droite-forte. Geoffroy Didier veut que l’on inscrive les « racines chrétiennes » dans la constitution française. Ce faisant, les Copéistes manient des concepts trop grands pour eux ! Bien sûr, la France a des racines chrétiennes. C’est un fait historique, culturel, si l’on veut, mais ça n’a rien à faire dans la loi fondamentale d’une république laïque. Pourquoi ne pas inscrire aussi que la France, à l’origine, était une nation blanche pendant qu’on y est ? Le but d’un grand parti républicain, même de droite c’est de faire en sorte que les religions, toutes les religions, restent dans la sphère privée, en vertu de la notion de laïcité… On connaît maintenait la mécanique buissonniene par cœur : distiller de bonnes provocations bien droitières pour provoquer une indignation des « belles âmes » forcément déconnectées de la réalité. L’idée c’est bien sûr d’enclencher une contre indignation et une mobilisation du cœur militant de l’UMP. Pour finir, ayons une pensée attristée ou amusée, pour Jean-Pierre Raffarin qui se terre en ce moment : au début de la campagne présidentielle, il se désolait de la stratégie de droitisation adoptée par Nicolas Sarkozy… mais Raffarin se rassurait en disant : « entre les deux tours le président se recentrera ». Et puis non, la droitisation s’est accentuée. Mais, après le 6 mai, c’est sûr, « ce sera le temps du retour à la raison et la modération ». Encore raté !

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