A 8H20, nous recevrons Alain Finkielkraut pour son livre, L’identité malheureuse chez Stock. Il y attaque vivement les bobos –même si ce n’est pas le sujet central du bouquin- mais vous, vous voulez les défendre !

Oui, même si je sais que défendre les bobos c’est sans doute aussi vain que tenter de défendre un patron voyou ou l’équipe de France de foot ! Les bobos sont violement étrillés par Alain Finkielkraut, qui simplifie à outrance. Et c’est là le plus étonnant parce que ce n’est pas, loin s’en faut, la caractéristique du reste du livre. Les bobos, dit-il, « prônent l’abolition des frontières tout en érigeant soigneusement les leurs, ils célèbrent la mixité et fuient la promiscuité (…) ‘l’autre, l’autre’, ils répètent sans cesse ce maître-mot mais c’est dans le confort de l’entre-soi qu’ils cultivent l’exotisme », fin de citation. Il y en a deux pages comme ça. Mais de qui, de quoi parle le philosophe ? Il semble critiquer, au-delà des bobos, l’idée de la mixité. La mixité comme facteur d’assimilation à la République et à ses valeurs universelles que, par ailleurs, l’auteur célèbre. En s’attaquant aux bobos, Alain Finkielkraut ne se rend pas compte qu’ils s’attaquent à ceux qui –justement- tentent d’inventer, avec leurs contradictions, leurs caricatures même, un « vivre-ensemble » adapté au monde tel qu’il vient, et généralement sur la base de valeurs héritées des Lumières que Finkielkraut chérit tant !

Ce qu’il pointe, c’est l’hypocrisie des bobos !

Eh bien oui, les bobos ont des digicodes quand ils habitent dans le XIXème arrondissement de Paris ou à Montreuil… Alors on dit : ils se barricadent. La plupart mettent, tant qu’ils le peuvent, leurs enfants à l’école publique… Les maires d’arrondissements ou de villes populaires vous le diront : bien des quartiers, bien des écoles échappent à la ghettoïsation grâce aussi aux bobos. Ils finissent, pour certains, c’est vrai, par faire, la mort dans l’âme, du contournement de carte scolaire pour éviter (non pas la mixité) mais la violence, la noyade sociale et culturelle à leurs enfants quand ils se retrouvent en grande minorité sociale ou culturelle ! Parce que les bobos (ça devrait plaire au philosophe pourtant) tiennent avant tout à leur capital culturel. L’angélisme des bobos des quartiers populaires est douché depuis longtemps par le retour du sexisme, de l’intégrisme religieux, qu’ils constatent et déplorent et même souvent combattent. Là où la bourgeoisie des quartiers chics refuse que l’on vienne souiller ses terres avec des logements sociaux, les bobos croient aux vertus du brassage mais ne sombrent plus dans le différencialisme béat. Sur ce point, Alain Finkielkraut a une génération de retard ! Son livre traite de l’acculturation, de l’éclatement de notre société, des tentations communautaristes. Mais justement les bobos sont en train de devenir des fers de lance de la République… Par exemple, dans le quart nord-est parisien, dans les communes populaires limitrophes de la capitale où ils ont repeuplé des espaces que la classe populaire française, dite de « souche », a dû abandonner avec la désindustrialisation ou parce qu’elles ne se sentaient plus en insécurité culturelle sur son propre territoire. Finkielkraut nous rappelle souvent la phrase de Kant qu’il estime être une devise des Lumières : « aie le courage de te servir de ton propre entendement ». Pourtant sur les bobos, il emboîte le pas de la pensée réflexe, un peu démago, une pensée dominante et facile… Mais, bon, malgré le passage sur les bobos, je conseille vivement L’identité malheureuse à nos auditeurs… (je ne voudrais quand même pas que notre invité arrive ici de trop mauvaise humeur !)

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