Ce matin, vous nous parlez de l’élection du président de l’UDI… comme Charline, hier.

Oui, ce sera moins drôle…J’avais prévu de vous en parler ce matin parce que le premier tour, devait se terminer hier. Et ce matin nous devions avoir les noms des deux qualifiés, pour le second tour prévu dans un mois. Mais, finalement, pour des questions de contestations internes, avec menace de dépôt de plainte -dont je vous épargne les détails- le vote se prolonge jusqu’à jeudi. Peu importe… Tout le monde se fiche de savoir qui de Jean-Christophe Lagarde, Jean-Christophe Fromantin, Yves Jégo ou Hervé Morin remplacera Jean-Louis Borloo. Il ne possédera, de toute façon, pas l’aura de son prédécesseur qui n’était centriste que pour ne pas être à l’UMP. A ce stade de ma chronique vous êtes en droit de vous demander pourquoi j’ai choisi ce sujet ? Eh bien pour souligner un paradoxe révélateur de l’hypocrisie de nos institutions. On se fiche des centristes parce que l’on n’a pas besoin d’eux ! C’est dramatique pour ceux qui veulent faire carrière dans le centrisme…mais pour les vrais centristes désintéressés c’est, au fond, plutôt rassurant. On n’a pas besoin d’eux parce que la plupart du temps, depuis le début de la Vème République, le centrisme est au pouvoir. Eux, les centristes d’appareil y participent un peu, à la marge, en caution ou en appoint parlementaire occasionnel, par exemple avec les socialistes entre 1988 et 1993 quand ceux-ci n’avaient qu’une majorité relative.

Le plus souvent avec la droite quand même.

Oui, dans les années 80/90 le RPR avait besoin d’eux. Ils occupaient une place de choix dans ce drôle d’aggloméré que constituait l’UDF. Ils ont des parlementaires, parfois des ministres, ils militent pour la construction européenne, une politique de modération en toutes choses et, bien qu’ayant dit le contraire dans leurs campagnes présidentielles, Mitterrand, Chirac et même Sarkozy appliquaient finalement, peu ou prou, la politique prônée par les centristes. Il n’y avait qu’un domaine, pour lequel c’était le contraire, pour lequel gauche et droite parlaient comme eux mais agissaient à l’inverse : l’équilibre des comptes. Aujourd’hui, plus que jamais le centre est au pouvoir. Imaginez un instant les parlementaires de l’UDI recevant par courrier, le discours de politique général de Manuel Valls, non signé. Ils l’auraient tous approuvé. Le centrisme parlementaire, marié avec l’UMP pour des raisons de complémentarités territoriales et électorales, pourrait quasiment tout voter de ce que fait la majorité aujourd’hui si nous avions des institutions faites pour engendrer la cohérence et la clarté. Notre système binaire abouti à cette incongruité : la plupart des responsables centristes espèrent la victoire de Sarkozy sur Juppé… tout simplement parce que Juppé leur parait trop centriste. Avec un Sarkozy plus clivant, plus droitier, au moins ils auraient de l’espace. Ils se retrouvent dans la situation du médecin qui redoute que l’on découvre un vaccin qui enraye la maladie dont il est spécialiste de peur de perdre son boulot. On comprend mieux, dès lors, pourquoi l’on n’a pas besoin des centristes.

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