Ce matin : la loi et l’ordre

La sécurité, voilà un domaine difficile à commenter tellement il s’y dit n’importe! Après une journée comme celle d’hier, il faut commencer par rappeler quelques vérités : La vie des policiers de terrain est, certes, de plus en plus dure… mais parmi les fonctionnaires, ils ne sont pas les plus mal lotis : La plupart des agents de la sécurité publique travaillent 4 jours puis ont 2 jours de repos, soit quelques 1500 heures par an contre 1800 pour les gendarmes. Les dépenses pour rémunérer les policiers ont augmenté de 10,5% entre 2006 et 2011, contre 4% pour les autres fonctionnaires. Pour ce qui est du supposé laxisme de la justice : le nombre de permissions de sortie a baissé de 15% depuis 2010. Alors que la population carcérale a augmenté fortement ces dernières années. Tous les indicateurs de la répression sont en hausse. D’ailleurs le législateur et les juges n’imaginent pas, par ce biais, faire baisser la délinquance. Non, ils sont plus sévères uniquement pour combattre le sentiment d’insécurité. La sécurité est un sujet dévoyé puisqu’agir sur son sentiment est politiquement plus rentable que d’agir sur sa réalité ! Tous les spécialistes de la question expliquent que les permissions de sortie, les libérations anticipées, sont des facteurs de réinsertion plus que de récidives. Pourtant on durcit, on enferme, on prononce des phrases forgées au coin des comptoirs comme « en France on a plus de considération pour les délinquants que pour les policiers », entendu hier dans la bouche de responsables politiques et syndicaux.

Ce qui est vrai, c’est que depuis les attentats de janvier, la police est surmenée.

Oui, elle est surutilisée, mais là encore…non pas d’abord pour assurer la sécurité mais pour rassurer la population. Le problème c’est qu’assurer la sécurité et rassurer la population, n’impliquent pas les mêmes dispositifs. La police se montre pour rassurer alors qu’elle doit plutôt se cacher pour sécuriser. La sécurité est un domaine d’irrationalité, c’est le terrain fétiche des démagos, le sujet refuge pour tous les politiciens impuissant sur l’économie et le social. C’est la question, par excellence, ou le reflexe prend le pas sur la raison. La peur sociale peut se combattre par des mesures concrètes positives, le retour de la croissance, la redistribution. La peur sécuritaire, elle, ne semble pouvoir se combattre qu’avec des réductions de libertés. Et ce n’est pas parce que la sécurité revient que le sentiment d’insécurité disparaît. C’est bien connu, ce n’est pas ceux qui se barricadent le plus qui se sentent le plus en sécurité. Les mesures sécuritaires annoncées hier par M.Valls, n’échappent pas à la règle : elles répondent plus à un sentiment qu’a une réalité. On en arrive, tout simplement à une forme de faillite démocratique quand, comme c’est le cas avec la sécurité, on dépense plus d’énergie et d’argent pour combattre un sentiment plutôt qu’une réalité. Un sentiment, que, par ailleurs –et c’est l’apanage de la droite dure et de certains médias- on a contribué à créer, pour des questions électorales ou d’audience.

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