La situation en Syrie au prisme de la politique française : fascination du plus fort... La plupart des partis, majorité en tête, ont intégré l’impuissance française et européenne. Non seulement ils la constatent mais ils semblent résignés et parfois même réjouis de voir la Russie affirmer son leadership.

Hier, Christian Jacob, parton de LR, expliquait que la France aurait dû, depuis longtemps, s’entendre avec Moscou sur la Syrie (donc se ranger derrière la Russie).

Le RN est clair depuis toujours, son admiration pour la force brute poutinienne n’a d’égale que son aveuglement volontaire face aux crimes et à la torture généralisée perpétrée par le clan Assad. 

Jean-Luc Mélenchon, lui, satisfait de voir la Russie triompher de son rival américain en plein repli, a tweeté enthousiaste, je cite : 

Excellente nouvelle, l’armée syrienne va défendre son pays contre l’armée d’Erdogan

Plus significatif parce que c’est la majorité, avec LREM, l’impuissance française est inscrite dans la réduction de notre engagement extérieur à la seule lutte antiterroriste et cette affirmation du président souvent répétée : 

Notre ennemi c’est DAECH, Bachar El Assad est l’ennemi de son peuple.

Pourtant dans les instances internationales, le discours est souvent plus ambitieux : Emmanuel Macron se fait le défenseur enflammé des libertés contre la montée des autoritaires. Ce n’est donc qu’un discours. En fait les autoritaires, partout, ont le champ libre. La fascination, la résignation devant la puissance russe couvre presque tout l’arc politique français.                   

N’est-ce pas de la realpolitik ?

Après avoir lâché l’ASL, les occidentaux ont trahi les Kurdes. Le réalisme, effectivement pour ces derniers, c’est de préférer un accord avec Damas plutôt que de se faire massacrer par les Turcs. 

Qui peut les blâmer ? Mais à des degrés divers, la quasi-totalité des politiques français estiment maintenant que la Russie et Bachar El Assad sont la solution la plus réaliste. Pourtant, ce ne sont pas les Russes qui ont combattu l’Etat Islamique. Ils se sont même d’abord acharnés contre les rebelles anti-Assad les plus modérés, seuls vrais dangers durable pour le régime. 

Les centaines de milliers de morts de cette sale guerre sans loi sont d’abord dus à l’armée syrienne sauvée par les Russes et le Hezbollah pro-iranien. Alors de quelle realpolitik parle-t-on quand la quasi-totalité des réfugiés au Liban et en Turquie (plusieurs millions), peut-être future vague migratoire en Europe, ont fui bombes et soldats bacharistes plus que l’Etat Islamique qui ne régnait que sur une partie peu peuplée du territoire ? 

Ce n’est pas de la realpolitik mais du fait accompli

Le réalisme serait-il d’être toujours du côté du plus fort ? Même si le plus fort, en l’emportant, met à mal nos intérêts, autant qu’il fait reculer la cause de la liberté ? En ayant abandonné les rebelles syriens pendant que les Russes aidaient Damas, et en lâchant aujourd’hui les Kurdes, l’Europe, son modèle, ses valeurs, ont été défaits, sur le terrain et symboliquement. Le plus frappant c’est que cet affaissement, cet aplatissement soit si vite intégré par presque tout le monde politique français, majorité en premier lieu.

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