Emmanuel Macron, hier soir à la télévision, appelle à la cohésion nationale…

Le message principal qu’il voulait faire passer… c’était son mot de conclusion : ‘nous avons besoin les uns des autres’. C’est au moment où nous avons besoin des autres que la solution au problème –paradoxe- c’est de ne plus se rencontrer, de mettre sous cloche la vie sociale. Le couvre-feu pour 20 millions de Français est une mesure grave, avec un nom traumatisant, qui rappelle la métaphore guerrière du début de la pandémie. C’est la partie autoritaire, ce qui nous est imposé par le haut. Elle aura un effet mécanique, disent les médecins qui l’ont réclamée, puisque c’est la vie sociale, notamment celle des jeunes, celle qui se déroule le soir, celle du lâcher-prise, qui permet au virus de circuler le plus vite. L’instauration du couvre-feu aura, espère aussi l’Elysée, un effet psychologique. Celui d’une prise de conscience. Parce que la mesure la plus efficace n’est pas autoritaire et ne peut l’être sous peine de quitter l'état de droit. Elle est d'ordre privée : limiter les réunions familiales, (pas plus de six à table) respecter les gestes barrières, ne pas contourner les interdits ni les recommandations par esprit rebelle. Cet aspect-là (notre intimité) échappe largement au politique, puisque nous nous interdisons maintenant (pour des raisons économiques évidentes) la solution du re-confinement. Un Etat qui prend ses responsabilités en posant un cadre (le couvre-feu) et des citoyens eux aussi responsables sans qui la résolution du problème serait impossible… Ce mixte de responsabilité citoyenne et de réaffirmation de l’Etat, le président y voit même –dit-on à l’Elysée- une solution qui correspond à son offre politique initiale. Un en-même-temps qu’il n’a pas su mettre en place jusqu’ici… 

Pourquoi ça marcherait cette fois ci ?

Ça ne marchera peut-être pas. Les sondages favorables ne sont pas une garantie. Entre approuver et respecter, il y a un gouffre. La France, comme on le sait, est un pays divisé, en proie à une crise de confiance. Il y a chez nous, certes moins qu’ailleurs, ces délires complotistes par lesquels certains prétendent que la Covid est une invention destinée à nous contrôler… mais il y a plus qu’ailleurs une méfiance générale de tous envers les acteurs publics et leur capacité à agir efficacement. Les épisodes des masques avant l’été et des tests depuis la rentrée n’aident pas à inverser la tendance. Le couvre-feu, privatif de liberté, va-t-il renforcer la défiance de la population envers les scientifiques et les politiques ? Ou, au contraire (comme lors du confinement), être accepté et déclencher, par ailleurs, une attitude générale vertueuse de distanciation, même privée ? On verra ça dans les 6 semaines… En général, quand même on râle mais on agit. C’est un pari… celui de la confiance dans un climat de défiance. Y en avait-il un autre possible ? 

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