Le voyage du pape et le débat sur la laïcité relancé par le Président de la République. Les propos du Président vendredi marquent une continuité par rapport à ses deux précédents discours sur la question à Rome et à Ryad, l’année dernière. En gros, Nicolas Sarkozy avait surpris parce qu’ils redéfinissait un tant soi peu l’esprit de la laïcité française, notamment en établissant un lien nécessaire entre la raison et la foi. La raison sans la foi donnerait une sorte de pensée hémiplégique. Le discours de vendredi il dit que : « se priver des religions serait une folie » - ça veut dire en creux qu’il est raisonnable de croire et fou de ne pas croire. Après tout, au moment où le pape se rend dans une grotte dans laquelle il est quand même raisonnable de penser qu’aucune vierge ne soit jamais apparue, cette affirmation peut aussi apparaitre osée. Mais bon, c’est une opinion, une opinion éminemment respectable qui découle en réalité de l’observation de notre société. Une société dans laquelle l’argent, la consommation, la recherche de l’avoir, prime sur la recherche de l’être. Soit. Mais pourquoi le Président nous livre son opinion dans un discours d’accueil du pape. Est-ce que cela veut dire que c’est maintenant l’avis de la France ? Si oui, on aurait aimé être prévenus que la France avait fait évoluer sa doctrine de la laïcité ! Ça aurait mérité un débat - parce qu’enfin, il existe une autre façon de voir les choses qui est tout aussi respectable. Elle dirait : « tenir compte des religions serait une folie ». Ainsi, Nicolas Sarkozy lutte contre la folie –justement- des talibans, il est pour l’avortement, le préservatif, il veut faciliter le divorce, augmenter les droits des homosexuels, travailler plus pour gagner plus et donc consommer plus et même, en contradiction avec ce que disent les évêques : expulser les immigrés clandestins. Maintenant, le débat est lancé et le Président parle de laïcité positive. C’est un terme abondamment commenté et pour cause. La laïcité positive semble vouloir dire (tout comme pour la discrimination positive par rapport à la discrimination) que la laïcité, tout court, était une notion négative. Or, la laïcité à la française est bien acceptée par tous. Les religieux en France, à l’exception de quelques extrémistes, ne se plaignent pas de la façon dont on peut pratiquer sa foi. La pensée laïcarde, anticléricale s’est largement calmée. De grandes voix et de grandes consciences religieuses participent utilement à tous les débats, notamment éthiques ou sociaux. L’abbé Pierre était même pendant des années le français le plus populaire. Voilà une guerre française qui s’était apaisée. Pourquoi Nicolas Sarkozy a-t-il éprouvé le besoin de remettre ce sujet à la Une ? Pourquoi troubler la subtile alchimie si bien exprimée par Aragon dans la Rose et le Réséda avec le sang mêlé de « celui qui croyait au ciel et celui qui n’y croyait » ? Mais il n'est pas non plus interdit de se demander si la loi de 1905 est, par certains aspects, dépassée. Justement parce que la France a trouvé un équilibre satisfaisant, certains estiment que la loi de séparation de l’église et de l’Etat est gravée dans le marbre. Mais on peut très bien penser que pour que soit maintenu cet équilibre, il faudrait toiletter un tout petit peu la loi. Faire en sorte, par exemple, que les collectivités locales puissent mieux participer au financement de la réfection de vieilles églises qui font partie de notre patrimoine ou aider à la construction –très encadrée et limitée- de lieux de prières musulmans pour éviter que ce ne soit des capitaux étrangers et extrémistes qui s’en chargent. Malheureusement, si cette réforme parait utile à certains élus de droite comme de gauche, elle sera maintenant plus difficile à faire accepter. Si le Président avait dans l’idée de modifier la définition de la laïcité française, compte tenu du caractère constitutif de la laïcité dans notre modèle républicain, et bien ça aurait dû être un thème central de sa campagne, débattu avant l’élection.

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