Hier, les Européens n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur une politique de répartition contraignante des réfugiés. Le débat existe aussi entre les forces politiques en France.

Oui, entre les forces politiques et à l’intérieur même de presque chaque parti. Chacun fait le constat de la faillite de l’Europe et face à cette incurie, deux grands types de réponse

sont apportés : plus d’Europe, ou plus de Nations. Plus d’Europe, c’est un renforcement de Schengen et une politique commune des règles d’accueil des réfugiés à l’intérieur de la zone. C’est plus de moyens pour Frontex, un contrôle accru aux frontières extérieures de Schengen, des politiques de contrôle, de tri, entre migrants économiques, ressortissants de pays dits sûrs, et réfugiés politiques. Cette solution est défendue par les pays de l’ouest de l’Europe et en France, à des degrés, et avec des mots différents, par les deux grands partis de gouvernement, le PS et le parti Les Républicains. C’est la position qu’a défendue, en vain, Bernard Cazeneuve lors du sommet européen d’hier. De son côté, Nicolas Sarkozy s’alarme depuis des années contre l’obsolescence de Schengen. Quand il était président, il n’a pas pu enclencher sa réforme, aujourd’hui, il veut que ce système soit complétement reformaté. Contre certains souverainistes de son camp, N.Sarkozy plaide donc pour un Schengen 2.

Les évènements actuels lui donnent plutôt raison.

Oui, à ceci près que proposer de renforcer les frontières extérieures, plaider pour que les migrants et réfugiés soient triés aux marges de l’Europe, devrait le conduire, logiquement, à plaider pour une harmonisation intérieure des conditions d’accueil de ses migrants et réfugiés, et d’accepter l’idée de répartition contraignante de ceux qui obtiennent le droit de rester. Au lieu de cela, Nicolas Sarkozy s’insurge contre les quotas et développe des idées qui, si elles étaient appliquées, ne feraient qu’accroitre la disparité des législations internes. La droite et la gauche sont bousculées par les évènements. A droite, on plaide la libre circulation des biens et des capitaux dans le cadre du libéralisme, mais on est obligé de parler ici de barrières et de frontières, de restrictions de libertés. L’angoisse que provoque cet afflux de réfugiés aurait tendance à favoriser un réflexe national de la part des sympathisants de droite à l’inverse de ce que pensent raisonnablement les dirigeants. Le discours « plus d’Europe » étant incompatible avec celui de « plus de nation », la droite se retrouve face à un dilemme théorique dont profite le FN. La gauche est aussi ballotée entre la tradition humanitaire dont elle se veut l’héritière et la force angoissante des images. Le gouvernement insiste donc sur la distinction à effectuer entre migrants et réfugiés Mais chacun sent et sait que cette distinction est très théorique et complexe à opérer. Finalement, le PS et LR sont fragilisés, obligés de prendre en compte la complexité de la situation et de dépasser les postures habituelles sur ces questions. Les positions des deux grands partis de gouvernement sont, par nature, et parce qu’ils sont en charge (ou potentiellement en charge) de la réalité, moins tranchés, moins nets et donc politiquement moins efficaces que le positionnement a-responsable (c’est-à-dire sans responsabilité) du FN…

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