Le Parlement de Strasbourg débat en ce moment de l’idée d’instaurer des listes transnationales en 2019, pour les élections européennes…

C’est une vieille idée que défendent, depuis longtemps, quelques promoteurs isolés d’une Europe plus politique. Mais une opportunité historique se présente à l’occasion du Brexit. Le parlement de Strasbourg (qui compte 751 députés) va perdre les 73 parlementaires britanniques ! D’où l’idée, soutenue désormais officiellement par Emmanuel Macron (et exposée la semaine dernière lors de son voyage à Athènes), de réserver une cinquantaine de ces sièges vides à des députés qui seraient issues de listes transnationales, présentées dans une seule grande circonscription européennes. Faire d’un des effets du Brexit, cet accident de l’histoire européenne, un petit pas vers l’émergence d’une opinion publique continentale. Cette proposition peut ressembler à de la tambouille politique dérisoire au regard de ce que pèseraient 50 députés, ainsi élus, rapportés à la masse des autres (50 sur 751 !) Mais le principal intérêt résiderait dans la nature de la campagne électorale qu’elle produirait.

En quoi des listes transnationales changeraient le débat sur l’Europe ?

Parce que d’abord chaque parti politique (parallèlement à ses listes classiques) devrait, pour composer les listes transnationales, trouver des partenaires à travers le continent, établir un programme, qui prendrait forcément en compte l’intérêt de l’Europe et non pas seulement l’intérêt de son pays. D’ordinaire, les têtes de listes classiques expliquent qu’ils iront à Strasbourg pour faire entendre la voix de leur pays, alors que normalement, il serait logique que les députés soient des députés de l’Europe (et non pas nationaux). Un député à l’Assemblée nationale française est élu par une circonscription mais c’est un élu de toute la nation. Pourquoi n’en serait-il pas de même pour l’Europe. Pour que naisse une opinion publique européenne, encore faudrait-il qu’il puisse y avoir un moment démocratique où se discutent des questions européennes, avec des clivages politiques européens, non pas nationaux. Ce dispositif obligerait chacun à un peu penser contre lui-même, à préférer une option politique à un intérêt national parce qu’on le sait depuis Rousseau : l’intérêt commun n’est pas la simple addition des intérêts particuliers. Mais cette conception du débat en Europe divise. Seuls ceux qui souhaitent plus d’intégration européenne soutiennent cette idée. La plupart des socialistes sont pour beaucoup des libéraux, des centristes aussi. Les verts sont les plus ardents défenseurs de la possibilité d’établir des listes transnationales. Ils n’auraient aucun problème à trouver des partis frères à travers le continent pour mener campagne avec eux, tant leurs sujets de prédilection n’ont que faire des frontières. LFI est contre. Ça c’est plus surprenant. Les amis de Jean-Luc Mélenchon, que l’on aurait pu croire mus par un reste d’esprit internationaliste et intéressés par la primauté des idées sur celle de la nation, s’opposent, en fait, aux listes transnationales. Ils y voient la pente vers une Europe trop intégrée et veulent rester des députés représentant leur pays. Officiellement seule l’Italie et la France y sont favorables. L’Allemagne n’a pas encore pris position. L’idée progresse mais n’est toujours pas majoritaire, les petits pays seront durs à convaincre. Réponse du parlement avant la fin de l’année.

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