Pandémie mondiale, crise sanitaire nationale, mais règles locales. Communiquer en temps de Covid, saison 2. La possibilité ou l’impossibilité d’une ligne claire ?

C’est le refrain de la rentrée, le nouvel « et en même temps » qui s’est imposé à Emmanuel Macron. « Vivre avec le virus ». Faire repartir le pays sans risquer la paralysie sanitaire. Rhétorique séduisante, mais de plus en plus complexe dans la pratique. Faut-il faire peur et taper fort pour responsabiliser ? Ou inciter sans infantiliser…

Cet été, les clips du gouvernement mettaient en scène « le village des bons réflexes », ambiance Camping Paradis, cigales, et pétanque… Et tout le monde qui passe aux sanitaires laver ses mains au gel en riant, avant d’aller dîner. Le nouveau clip diffusé depuis ce week-end est beaucoup moins « bisounours ». C’est l’anniversaire de mamie : la fille sans masque au bureau, les petits-enfants sans masque à la sortie du collège, personne ne respecte les gestes barrières. Et après le selfie devant les bougies, la soirée se termine aux urgences avec la mamie intubée : ça calme !

Changement de braquet dans la communication ? Dans les clips oui, mais c’est beaucoup moins clair s’agissant des prises de parole. Il faut voir comment Emmanuel Macron a remis à sa place le conseil scientifique. La politique et les arbitrages, c’est lui. Il a été élu pour ça. Les scientifiques ? S’il y avait un consensus évident, ça se saurait.

La difficulté, c’est que tous les Français ont gardé en mémoire le « chef » qui déclarait la guerre au virus et déconfinait contre l’avis des experts… Or, aujourd’hui, qui mène la bataille ? Et pour dire quoi ? Edouard Philippe avait imprimé sa marque, Jean Castex lui a succédé, nommé pour tourner la page… Mais la page Covid se rouvre plus vite que prévu. 

Le dernier conseil de défense sanitaire, vendredi, a d’ailleurs été le théâtre d’un joli quiproquo pour savoir qui en rendrait compte. Le président lui-même ? Mais la crise n’est pas suffisamment aiguë. Le ministre de la santé ? Dans la réunion, le Président a reproché à Olivier Véran d’avoir parlé trop vite des tests rapides, alors que leur déploiement va prendre du temps. C’est donc Jean Castex qui s’y colle. Matignon, le pupitre, on s’attend à du solennel… Or, si je résume, il renvoie, pour les zones les plus en rouge, aux préfets, à des décisions locales, en vigueur depuis hier, donc, en Guadeloupe, Gironde et dans les Bouches du Rhône. 

Ce qui est conforme à la promesse que tout ne doit plus se décider depuis Paris, non ?

Faire confiance aux territoires. Durcir là où c’est nécessaire, sans bloquer tout le pays. A Matignon, on justifie cette approche : quelles seraient les autres options, plus radicales ? Confiner une classe d’âge, les plus âgés, les plus à risque ? Mais la solitude aussi est mortelle. Obliger les jeunes actifs, moins à risques mais plus porteurs, à s’isoler ? Mais la casse sociale serait irréparable. Interdire à tous les jeunes de France de se rassembler ? « On ne peut rien faire contre la fête », c’est l’aveu que m’a fait un ministre en pointe sur le sujet. Il y a une génération Covid qui n’en peut plus des « boomers » : ils devraient obéir à ceux qui ont eu le plein-emploi, la retraite, et laissent derrière eux une planète en lambeaux ? Je caricature, mais c’est bien l’acceptation sociale d’une injonction qui va se jouer dans les prochains jours.  

Problème, la décision locale est-elle efficace, a-t-elle une vertu pédagogique au-delà du département ou de la région où elle est prise ? On l’a vue à Marseille, dès qu’un territoire est ciblé, des politiques se lèvent pour réclamer la réciproque. Israel se reconfine, Boris Johnson interdit les rassemblements de plus de six personnes. Combien de temps encore le gouvernement pourra-t-il tenir ce discours girondin et décentralisateur ? Ne faut-il pas un commandement national parfaitement identifié et unifié ? Après quelques jours de flottement, Olivier Veran inaugurera demain ou après-demain ses points hebdomadaires coronavirus. Passé l’été indien, il y aura besoin d’un Mr Covid pour affronter la saison automne-hiver 2020/21, que même l’OMS aborde avec inquiétude. A lui de relever ce défi de la clarté.  

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