Alors comme ça, vous faites un édito politique ?? Vous n’avez pas honte ? Je devrais, effectivement. La politique ce n’est pas bien, c’est mal poli… regardez Daniel Cohn Bendit, il s’en prend à Cécile Duflot parce qu’elle refuse de saborder son parti politique, les verts. Alors que lui voudrait, non pas un parti politique mais un grand mouvement, une coopérative, quelque chose de plus vaste de plus noble, de mieux, de plus souple, de moins dogmatique…quelque chose ! Quoi ? On n’en sait rien ! Qui proposerait quoi ? Validé comment ? On n’en sait pas plus. Au fond on se demande presque si ce qui gêne Daniel Cohn-Bendit ce n’est pas tant le mot « parti » que le mot « politique ». Bien sur il veut une coopérative « politique ». Le mot est bien là mais, pour l’instant il est hémiplégyque parce que dans la chose politique il y a deux aspects indissociables : il y a les idées, l’imagination et il y a aussi l’organisation qui permet de trier dans les idées et de sélectionner ceux qui vont incarner ces idées pour en être les promoteurs devant les électeurs. Le premier aspect est assez glorieux et noble, le second fait appel à l’ambition et la compétition fratricide. Ne pas vouloir de parti politique c’est entretenir l’illusion de pouvoir faire de la politique qu’avec les idées sans s’encombrer des moyens de les porter. Daniel Cohn-Bendit est l’une des rares personnalités françaises à représenter, par lui-même, une page de notre histoire récente. Il incarne 1968, l’imagination, la liberté, l’ouverture. C’est une star ! Lui, c’est vrai, il n’a pas besoin de parti, il n’a pas besoin d’instance pour être sélectionné, pour être désigné. Il n’a pas besoin de s’encombrer de ce qu’il y a de salissant dans la cuisine politique puisque de toute façon il ne veut pas être candidat à la présidentielle et qu’il a déjà un statut à part. De fait, alors qu’il donne plutôt une bonne image de la politique en n’usant pas (ou en tout cas moins que les autres) de la langue de bois et en entretenant un rapport toujours un peu rebelle avec le pouvoir, de fait il ne rend pas vraiment service à la politique en critiquant de cette façon le système des partis. Mais les partis, ce n’est pas dépassé ? Les partis, c’est un peu comme la fameuse définition de la démocratie par Churchill. Ce n’est pas bien mais on n’a rien trouvé de mieux. Bien sur, il faudrait tous les moderniser, ouvrir les fenêtres mais chaque parti a les défauts de ceux qu’ils représentent : le FN a un fonctionnement autoritaire, Lutte Ouvrière ressemble à une secte, l’UMP a un aspect bonapartiste, le PS est organisé comme la quatrième république…et le parti vert ressemble toujours un peu à une chambre d’adolescent mal rangée. Mais chacune de ces organisations permet l’émergence des leaders et d’idées. Parce qu’au-delà des partis, c’est la politique qui a mauvaise presse. En réalité nous faisons tout pour adorer la détester. Prenez le sufixe « isme »… qui ramène à la politique, hé bien il négative : La liberté c’est bien, le « libéralisme » c’est mal, l’égalité c’est bien, « l’égalitarisme » c’est mal. Quand un homme politique veut montrer que ce qu’il va dire est vraiment à prendre en considération, il l’assorti d’une précaution du genre « je dis ça en dehors de toutes considérations politiques partisanes», là on l’écoute…ou bien il soulignera qu’il fait de la « politique avec un grand ‘P’ », ça veut dire, « pas avec le petit ‘p’de ‘parti‘ ». L’idée générale selon laquelle les hommes politiques agissent pour eux et ont de moins en moins de prise sur la réalité se répand. Tant que Daniel Cohn Bendit et ses amis n’auront pas expliqué un peu plus précisément à quoi pourrait ressembler leur organisation rêvée, qui n’aurait que les qualités de la politique sans les contraintes, notamment de démocratie interne, de gestion des ambitions et de sélection dés idées, son emportement contre les verts apparaitra comme un caprice de vedette. Pour tout dire, un brin démago.

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