Vous vous souvenez des cartes postales de Nicolas Sarkozy, pendant son assourdissante cure de silence après sa défaite. Et bien Alain Juppé, de la même façon, envoie des SMS, mais en direction des électeurs de gauche. Une sorte d’investissement sur son avenir électoral. Juppé n’est pas choqué par le mariage pour tous, Juppé a voté Krivine en 69, Juppé aimerait appeler son chien Nico, Juppé n’aime pas le NiNi face au FN, Juppé ne facture pas ses conférences, Juppé ne cesse de rappeler qu’il faut être un UMP drôlement ouvert pour être élu à Bordeaux qui a voté Hollande à 59%. Alain Juppé incarnait une forme de raideur intransigeante et même cassante de la droite sûre d’elle du tournant des années 80/90, en pleine révolution libérale. Il est maintenant en passe de devenir un jeune septuagénaire modéré, moderne, pondéré, gaulliste social, rigoureux mais intègre et cultivé. Il réaffirme toujours qu’il est de droite… l’honnêteté et l’authenticité font partie du charme ! Il dit même, paraphrasant la célèbre formule, qu’il préfère « avoir raison avec Aron que tort avec Sartre ». Ça tombe bien, la gauche modérée a détesté avoir eu tort avec Sartre ! Juppé est désormais de cette droite qui rassure les électeurs du centre gauche dans cette ambiance de surenchère identitaire et sécuritaire généralisée.

Jacques Chirac avait aussi opéré cette mue !

Oui, Chirac, le hussard de cavalerie « néo-cons » des années 80, républicain autoritaire et anguleux, était devenu, avec l’âge, l’expérience, un sage social et écolo… Il faut dire que les électeurs de gauche ont pris sur eux-mêmes pour trouver la potion moins âpre quand il s’est agi de glisser un bulletin Chirac dans l’urne en 2001. Ça crée des liens… Mais revenons à Juppé. Peut-il vraiment séduire la gauche ? Par défaut, une petite partie, oui…mais qui ferait la différence à la primaire ! C’est, en tout cas, son pari inavoué ! Si les électeurs de gauche devaient se trouver, en 2016, au moment de la primaire UMP, dans le même état d’esprit qu’aujourd’hui vis-à-vis de la majorité, il paraît évident que le prochain président sera UMP (pardon, pas UMP, Les Républicains… va falloir s’habituer). Bref, s’il n’y a pas d’offre crédible à gauche, une petite partie des électeurs habituels des socialistes et des écologistes (Juppé est parfaitement écolo-compatible) sera même tentée d’aller voter à la primaire pour s’éviter l’affiche catastrophe à leurs yeux : un second tour Sarkozy/Le Pen en 2017. La primaire de droite, pour un électeur de centre gauche, c’est comme aller chez le dentiste: on n'aime pas mais il faut bien… et sur place, le patient préfère la petite douleur de la piqûre anesthésiante Juppé qui lui évitera de souffrir quand on arrachera la molaire Sarkozy. Donc, si vous êtes de gauche, attendez-vous à recevoir d’autres petits signaux de la part d’Alain Juppé : qu’il a mangé une merguez à la fête de l’Huma en 1972 en écoutant Jean Ferrat ou, je ne sais pas moi, qu’il a discrètement contribué à la caisse de grève de Radio France par amour du Service Public…

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.