Qui a dit que la parole présidentielle était rare, plus de 3 heures 30 minutes de Macron cumulées en l’espace de trois jours à la télé… Pour le meilleur et pour le pire ?

Interview du président français par les journalistes de RMC-BFM et de Mediapart, au Théâtre national de Chaillot (Paris), le 15 avril 2018
Interview du président français par les journalistes de RMC-BFM et de Mediapart, au Théâtre national de Chaillot (Paris), le 15 avril 2018 © AFP / François Guillot

Commençons par le pire… Le nouveau monde, c’est la disruption, l’idée qu’il faut sans cesse casser les codes ! On a donc eu jeudi l’instituteur Macron sage et pédago sur TF1, puis on a eu hier soir la grande joute version Grandes Gueules sur BFMTV… Car c’est rapidement la tournure qu’a pris cet entretien, pour le coup vraiment inédit sur la forme, c’est incontestable… 

Bienvenue sur la scène du théâtre Chaillot, Avec ses journalistes sans cravate, qui ne disent plus « Mr Le président », c’est ringard, ce duo Plenel / Bourdin, qui vire au sketch, se marche dessus, se coupe la parole, ne laisse quasiment jamais finir le chef de l’Etat… Et qui fait, sans s’en rendre compte, le jeu d’Emmanuel Macron. Président en position centrale, sur ce drôle de plateau pentagonale, avec sur sa gauche, les plaidoyers pro-zadistes de Plenel, et sur sa droite, les formules définitives de Bourdin sur l’angoisse des retraités… Ce qui permet géographiquement de faire converger les réponses  et le regard vers le milieu, donc vers Emmanuel Macron. 

Bref, en trois jours, on est passé de l’école au tribunal… Avec un droit de suite brouillon, mal coordonné, où l’intervieweur oublie qu’il n’est pas l’interviewé.  

En plus de deux heures et demie d’émission,  il s’est quand même dit des choses 

Oui, ce moment où Emmanuel Macron explique le macronnisme, le combat contre les injustices de naissance… Sauf qu’à ce moment-là,  Jean-Jacques Bourdin a une info capitale à nous faire partager : le PSG a écrasé Monaco. Or Macron soutient l’OM… Bravo Jean-Jacques !  

C’est ça les interviews disruptives, on ne sait plus qui joue le rôle de qui : Emmanuel Macron en défense, cherchant à rétablir les faits, ou Jean-Jacques Bourdin en attaque qui se prend pour Mélenchon. À méditer dans les écoles de journalisme.  

Mais au milieu du brouhaha, Emmanuel Macron a aussi semé des cailloux pour la suite...

Oui, en coupant le son de Plenel et Bourdin, on a parfois réussi à l’entendre : lui, le chef des armées, qui a frappé en Syrie pour que la France redevienne crédible et puisse imposer la paix. Non, il n’est pas le président des riches :  « De là où je suis, je n’ai pas d’amis », et encore moins Bernard Arnault. Et plus intéressant :  la conviction qu’il n’y a « pas de convergences des colères »…  C’est presque incantatoire, comme s’il cherchait à se rassurer.  C’est pour ça qu’il découpe les thèmes et traite bien séparément chaque sujet : la dette reprise à la SNCF, le risque dépendance qu’il faudra sans doute financer par un jour férié en moins. 

Enfin si je devais ne retenir qu’une chose, ce serait ce plaidoyer : face à la montée des populismes en Europe, il faut être « démocrate ET fort », les deux en même temps,  sinon, on est rattrapé par les extrêmes…  Eurêka ! Cette interview, c’était donc ça ! Un soir à la télé, le chef de l'Etat challengé par deux journalistes sans filtre, pour montrer qu’en France, le Président est démocrate et fort ! Emmanuel Macron a conçu ce format, choisi ses intervieweurs pour être bousculé, et que de ce combat viril, éclate au grand jour sa vision de la France et du monde. 

Résultat plus que mitigé : Emmanuel Macron a tué Jupiter hier soir, mais il n’a pas non plus ressuscité Marianne. Il a tout simplement oublié les Français qui le regardaient. 

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