L’édito politique du jour, avec vous Yael Goosz : « France Unie », « concorde », « pacte national »… Emmanuel Macron s’interroge et tâtonne pour embarquer le pays dans l’après crise.

Emmanuel Macron sur le coronavirus à la télévision sur France 2. Paris, 13 avril 2020. Déclaration télévisée a propos de la pandémie de coronavirus et du confinement.
Emmanuel Macron sur le coronavirus à la télévision sur France 2. Paris, 13 avril 2020. Déclaration télévisée a propos de la pandémie de coronavirus et du confinement. © AFP / Riccardo Milani / Hans Lucas

Oui, il y avait décidément beaucoup de cailloux semés dans son intervention de lundi soir. Y compris des cailloux politiques. Le 11 mai, le Président sera entré dans le dernier tiers utile de son quinquennat avant le marathon présidenrtiel. Et le chantier est colossal après le chaos provoqué par l’épidémie. Alors il réfléchit au bon dispositif, avec pour obsession de "ressouder" le pays. Et comme toujours, quand un Président traverse une crise, se pose la question des femmes et des hommes pour incarner cette soudure.

Et s’il convoquait un gouvernement d’union nationale ? L’hypothèse fait son chemin, discrètement, dans la presse… Des conseillers l’évoquent, sans certitude, mais en lâchant des noms. La semaine dernière, c’est même un député LR, Guillaume Larrivé, qui a publié une tribune pour réclamer cette union, face aux défis multiples qu’il va falloir relever, pas moins de cinq crises selon lui : sanitaire, économique, sociale, migratoire et sécuritaire… Avec risque de guerre civile à la clé. On est loin des jours heureux !

Si l’on se replonge dans notre histoire politique, les gouvernements d’union se comptent sur les doigts d’une main

 Ils naissent en amont ou en aval d’un traumatisme subi par le pays. Août 1914 : après l’assassinat de Jaurès, Poincaré fait l’union sacrée (elle durera 3 ans). Février 1934, après les émeutes déclenchées par l’extrême droite, Gaston Doumergue fait cohabiter gauche et droite (mais ça ne tient que quelques mois). Septembre 1944 : droite, gauche et communistes tiennent plus d’un an ensemble dans le gouvernement provisoire de De Gaulle. Et puis mai 1958 : retour du général en pleine crise algérienne, gouvernement d’union pour jeter les bases d’une nouvelle constitution.

Alors si l’on considère que le Président mène lui aussi une guerre d’un nouveau type, avec une douloureuse reconstruction à la clé, c’est effectivement une option qui s’ouvre à lui.

Et ce serait selon vous un choix que les Français approuveraient ? 

Sans doute, mais ce serait politiquement fragile et risqué. Interrogez les sondeurs, vous verrez qu’à chaque fois le pays est en crise, c’est la question tarte à la crème qui fonctionne à tous les coups. Le mythe de l’union. Le débat a existé en 2008, en pleine crise financière. Idem quand François Hollande affronte les attentats. A l'été 2016, deux tiers des Français interrogés par l'Ifop réclamaient un gouvernement d'union nationale. Et finalement, en 2017, en voulant dégager les vieux partis, Emmanuel Macron a tenté l’union, à lui tout seul, droite et gauche cohabitant au sein d’En Marche.

Édifice fragile. La Vème République a été conçue comme un équilibre des forces entre une majorité et une opposition, continuité ou alternance. Et si l’intention de réunir toutes les bonnes volontés est louable, cela pose un double problème. A commencer par l’anesthésie du débat. Peut-on raisonnablement imaginer Christian Jacob et Stéphane Le Foll être 100% raccord sur les solutions d’après crise ? Les nationalisations ou le temps de travail ? Je peux me tromper. Mais passé le choc, il y aura des remèdes différents. Et c’est tant mieux si on les confronte. 

Enfin, deuxième argument : le risque de crispation / radicalisation chez ceux qui n’auront pas été associés à cette union. Le système contre les autres, registre populiste sur lequel ne manquerait pas de surfer Marine Le Pen, candidate depuis janvier à une élection présidentielle d’ores et déjà contaminée par les conséquences du coronavirus. 

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