Xavier Darcos, le ministre de l'Education Nationale, retire son projet de réforme des Lycées. C’est la première fois que le gouvernement recule ainsi. Et c’est bien un coup dur politique puisque toute la rhétorique de Nicolas Sarkozy tourne autour de la réforme, du courage, du mouvement. Il dit en substance, à chaque fois qu’il s’exprime : « Regardez, je ne suis pas Jacques Chirac, j’agis, je réforme ». Cette fois ci, il ne peut pas le dire, mais il ne faut cependant pas ranger Nicolas Sarkozy au rang de ses prédécesseurs. D’autres se seraient sans doute enferrés dans un conflit à l’issue très aléatoire. Le président ne déteste rien tant que de se faire dicter sa conduite par une quelconque pression politique. Quitte à subir autant ne pas combattre et se retirer tout de suite, essuyer quelques jours de moquerie, gérer un accroc à son image de réformateur plutôt qu’être victime, après plusieurs semaines de conflit, d’une défaite fondatrice qui aura détruit le socle politique sur lequel il a été élu. En réalité, Nicolas Sarkozy vient de réaliser ce que tout bon pilote doit s’appliquer. Si au moment de doubler, il a une hésitation, il faut s’abstenir. La politique, c’est l’évaluation des rapports de forces. Le courage politique, c’est de passer parfois outre un rapport de force que l’on croit défavorable pour tenter d’imposer une réforme que l’on juge essentielle, dont la non application serait plus grave que sa propre défaite politique. A l’évidence, la réforme des lycées ne vaut pas la peine de risquer de mettre la jeunesse dans la rue avec tout ce que ça comporte comme incertitudes. Il n’y a rien de plus compliqué à gérer qu’un conflit lycéen ou étudiant, et Nicolas Sarkozy le sait bien. Il y a l’aspect sécuritaire d’abord. Il répète souvent que l’une des choses dont il est le plus fier, c’est d’avoir réussi à traverser les émeutes de banlieue en 2005 comme ministre de l’intérieur sans bavures policières. Et puis surtout, ce genre de mouvement ne répond pas aux codes habituels des mouvements sociaux avec revendications précises, responsables syndicaux aguerris aux négociations, contreparties plus ou moins cachées que l’on peut offrir. La clef pour finir un conflit, c’est souvent de permettre à chacun de pouvoir dire à ses troupes qu’elles n’ont pas combattu pour rien. Trouver une porte de sortie honorable pour le gouvernement et les syndicats. Avec les lycéens, pas de négociation de paiement de jours de grève possible - il y a forcément un gagnant et un perdant. Et politiquement, c’est assez dangereux qu’à la fin ce soit les enfants qui perdent - surtout quand les parents n’ont plus les moyens de faire grève. Et puis un mouvement de la jeunesse, ça ringardise toujours et pour longtemps, tout gouvernement ou tout Président. C’est toujours un mouvement très politique et culturellement (on en parlait hier) facilement populaire. On assiste donc à un recul, mais aussi, paradoxalement, à un acte politique habile et qui dénote d’une vista toujours aussi performante de la part de Nicolas Sarkozy. Mais ce recul aura quand même un coup politique. Ce texte retiré est le premier. D’autres, en réalité, étaient passés mais largement amoindris. Les reculades étaient cachées mais elles étaient réelles. Le texte sur le service minimum dans les transports en est l’exemple type. Souvent présenté comme une réforme profonde, il n’est en réalité qu’une loi sur la prévention des conflits de plus, loin de toutes promesses intenables de réquisitions. Là, ça se voit puisque c’est une reculade plus classique. Elle entame un crédit que Nicolas Sarkozy venait de renforcer - le plan de la politique européenne - en montrant son profil favori : celui de l’homme d’action qui bouscule les habitudes et force le destin. Nicolas Sarkozy se banalise sur le plan intérieur. C’est un moindre mal par rapport aux dégâts encourus lors d’un conflit avec la jeunesse. Cela dit, la seule question qui doit angoisser le Président ce matin, c’est de savoir si ce n’était déjà pas trop tard parce qu’il est évident que le malaise de la jeunesse dépasse le cadre d’une réforme des lycées.

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